Culture

C’est en partie grâce à Tarzan que Jane Goodall est devenue primatologue

CULTURE – La « vraie » Jane enviait celle des livres. Ambassadrice des chimpanzés, la primatologue britannique Jane Goodall, est décédée ce mercredi 1er octobre à l’âge de 91 ans. Celle qui parcourait encore à un âge avancé la planète pour défendre la cause des animaux puisait son énergie d’une passion née dans l’enfance. Et notamment grâce à l’enfant sauvage Tarzan, personnage de fiction créé en 1912 par l’écrivain américain Edgar Rice Burroughs.

« J’avais lu Tarzan et j’étais tombée amoureuse, même s’il avait épousé la mauvaise Jane, le pauvre homme », plaisantait Jane Goodall, dans une interview au Guardian en 2017, où elle expliquait comment elle était passée de « rêver les rêves d’un homme » à vivre ses propres rêves. Née en 1934 et ayant grandi en Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale, la primatologue a souvent entendu que ses ambitions pour sauver la biodiversité n’étaient que des « fantasmes irréalistes ».

Face à ces critiques, l’histoire de Tarzan vivant dans la jungle, dont le premier livre est sorti en 1926 en France — soit bien des années avant ses travaux révolutionnaires —, a donné le courage à Jane Goodall d’aller en Afrique pour étudier les singes dans leur habitat naturel.

Une histoire digne d’un film

Si Jane Goodall n’est pas à l’origine de Tarzan, des récits d’enfants sauvages, comme celui de William Charles Mildin qui aurait passé quinze ans dans la jungle entre 1868 et 1883, ont pu inspirer l’auteur Edgar Rice Burroughs, relève un article du journal Ouest France.

Quant à l’histoire de Jane Goodall en tant que primatologue, elle commence pour sa part en 1957, lorsqu’elle se rend pour la première fois en Afrique invitée par des amis propriétaires d’une ferme au Kenya. Elle y rencontre le conservateur du Musée national kényan, le célèbre paléoanthropologue Louis Leakey. Il lui fait une incroyable proposition : aller observer des chimpanzés au bord du lac Tanganyika, un environnement proche de celui de nos lointains ancêtres.

Grâce à sa persévérance, Jane Goodall réussit à se faire accepter par ses discrets habitants, devenant quasiment l’une des leurs. Les scientifiques de la vieille école sont choqués à la lecture de ses premiers rapports où elle parle de David Barbe-Grise, Flo, Mike, Mac Gregor et d’autres, au lieu d’individus identifiés par des sigles et des numéros. Elle décrit dans le détail leur société aux rapports complexes et découvre qu’ils ne sont pas végétariens, mais omnivores.

Si elle n’a pas été élevée par un singe, elle a élevé des singes : « Chez les chimpanzés, la mère est constamment avec l’enfant, et j’ai élevé Grub de cette façon. Jusqu’à ses trois ans, je ne l’ai jamais laissé seul une journée entière. »

Grande figure de la science du XXe siècle, maintes fois distinguée, Jane Goodall devient dès les années 1970 une activiste de la nature. Dès 1977, elle crée son institut pour gérer en Afrique des centres d’accueil de chimpanzés issus du braconnage, puis le « ChimpanZoo », programme destiné à améliorer les conditions de vie des primates captifs ou encore le « Roots and Shoots » (« Racines et pousses ») en 1991, un programme de sensibilisation des jeunes à l’environnement.

En 2022, Mattel sort une Barbie à son effigie : « Je suggère depuis longtemps que les filles ne veulent pas seulement être des stars de cinéma. Beaucoup d’entre elles, comme moi, veulent être dans la nature à étudier les animaux. » Jane Goodall n’a donc pas inspiré Tarzan, mais elle sera devenue au cours de sa vie un modèle pour beaucoup de femmes, de militants, de scientifiques…