Sur le budget, la taxation des plus riches enflamme l’Assemblée (et aggrave les fractures)
POLITIQUE – Pendant que certains fêtaient Halloween, l’Assemblée nationale était plongée dans une ambiance loin d’être festive lors de l’examen du budget. Ce vendredi 31 octobre dans la soirée, les débats sur la taxation des plus riches ont tourné à l’affrontement féroce, entre des socialistes bien incapables de faire adopter la taxe Zucman ou sa version « light », un bloc central déterminé avec LR à stopper, ou du moins limiter, les initiatives fiscales de la gauche, tandis que le RN et LFI dénonçaient des négociations de couloirs entre le Premier ministre et le PS, bien embourbés dans la mission impossible de faire accoucher un budget cohérent.
Pour les socialistes, la nuit a été particulièrement rude. Car la menace de censure n’a eu qu’un effet limité sur les troupes macronistes et leurs alliés de droite, qui ont tout fait pour ne pas ouvrir la porte à une hausse considérable de la contribution des plus fortunés. Ce qui figurait pourtant dans l’ultimatum lancé la semaine dernière par le parti présidé par Olivier Faure.
En guise de consolation, le Premier ministre a bien lâché du lest en annonçant le renoncement au gel des minima sociaux et des pensions de retraite, qui comptait également parmi les revendications socialistes. Trop peu pour le groupe présidé par Boris Vallaud. « Vous devez encore rechercher le compromis. Si vous ne le recherchez pas, alors à la fin de l’histoire, il n’y aura pas de budget et vous repartirez aux élections », a (encore) prévenu Olivier Faure, assurant que la gauche et les écologistes étaient prêts à repartir en campagne en cas de dissolution consécutive à la censure du gouvernement.
La seule « victoire » arrachée par les roses : la transformation de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) en « impôt sur la fortune improductive ». Ce qui est présenté par le PS comme le « rétablissement de l’impôt sur la fortune » supprimé par Emmanuel Macron en 2017.
« Changement de méthode »
Mais le coût politique de la mesure paraît très élevé. Premièrement, son origine : il s’agit d’un amendement du MoDem, et non d’une initiative PS, bien que le texte ait été sous-amendé par les roses. Deuxièmement, le symbole : la mesure a été appuyée par le Rassemblement national, qui y voit « un impôt sur la fortune financière inspiré du programme de Marine Le Pen ». Enfin, le contenu, auquel ne s’est associé aucun autre parti de gauche. « Je suis stupéfait du vote qui vient d’avoir lieu. Il y a une alliance entre le Parti socialiste et le Rassemblement national pour exonérer d’impôt sur la fortune immobilière le château de Mme Le Pen ! », a taclé l’insoumis Manuel Bompard.
Une analyse partagée sur les bancs de Renaissance. Sur X, la députée des Hauts-de-Seine Prisca Thevenot a conclu du vote de ce dispositif qu’il résultait d’une réunion secrète « entre Monsieur Faure et Madame Le Pen » dans les couloirs du Palais Bourbon. Une pique qui a fait bondir le chef des socialistes : « Je vous conseille de retirer rapidement votre tweet mensonger. »
Alors que les positions se tendent, et que le compromis nécessaire à l’atterrissage d’un budget semble à ce stade plus que difficile à atteindre, Sébastien Lecornu a annoncé que les ministres concernés par le budget et par celui de la Sécu allaient réunir les parlementaires de tous les groupes « pour essayer de trouver des grands points de principe et d’agrégats sur lesquels on peut avancer ». Un « changement de méthode » improvisé dénoncé par les insoumis, qui ont annoncé ne pas vouloir participer à ces discussions hors de l’hémicycle.
« C’est une nouvelle façon pour Lecornu de gagner du temps pour lui et d’en faire perdre à la France. On s’est déjà vu, on sait quelles sont les positions de chacun », juge le député RN Jean-Philippe Tanguy, cité par Le Monde. Reste que le temps, Sébastien Lecornu n’en dispose plus beaucoup pour faire adopter un budget dans les délais, alors que certains soupçonnent à haute voix le gouvernement de faire traîner les discussions pour aller jusqu’à l’expiration des débats et agir par ordonnances. À moins qu’une censure des socialistes intervienne d’ici là, d’autant qu’en parallèle, le budget de la Sécu (comprenant la suspension de la réforme des retraites acquise par le PS) a été rejeté ce vendredi en commission des affaires sociales.
Le scénario existe, mais il est peu probable, tant le PS a donné l’impression de proférer des menaces en l’air. « Si le bloc central n’est pas capable de voter la taxe Zucman (…), s’il n’est pas capable de voter l’ISF sur les milliardaires (…), s’il n’est pas capable de justice fiscale, je ne suis pas sûr qu’il sera possible de discuter de la suite », prévenait Boris Vallaud la semaine dernière. Le bloc central a tout rejeté. Mais les discussions devraient continuer. Et l’Assemblée n’a pas fini de s’enflammer sur le budget qui, à la fin, risque pourtant d’être écrit sous l’unique plume de Sébastien Lecornu.


