Politique

Le rapport accablant de la Cour des comptes sur le Louvre, qui réplique

LOUVRE – La Cour des comptes ne s’est pas montrée tendre avec le musée du Louvre. Dans un rapport publié ce jeudi 6 novembre, près de trois semaines après le vol de bijoux au retentissement mondial, l’instance indique que le musée parisien « a privilégié les opérations visibles et attractives au détriment de l’entretien et de la rénovation des bâtiments et des installations techniques, notamment de sûreté et de sécurité ».

Des investissements sont « pourtant indispensables pour assurer un fonctionnement pérenne de l’institution », soulignent les Sages dans ce rapport sur la gestion du musée entre 2018 et 2024, prévu de longue date mais très attendu après le spectaculaire vol survenu le 19 octobre. Pourtant, « malgré d’abondantes ressources, le musée, par défaut de hiérarchisation de ses nombreux projets, est confronté à un mur d’investissements qu’il n’est pas en mesure de financer », alertent-ils.

« Le vol de joyaux de la Couronne est, à n’en pas douter, un signal d’alarme assourdissant sur le rythme très insuffisant » de rénovation des équipements de sécurité du musée, a appuyé Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes, lors d’une conférence de presse.

Il a notamment fait référence à l’inertie qui a, selon lui, suivi un audit de sécurité mené entre 2015 et 2017, qui avait dressé un « état des lieux précis des failles du dispositif » et formulait des préconisations. « Près de dix ans plus tard, le musée du Louvre n’a pas été en mesure de dépasser le stade des études techniques » sur les recommandations de cet audit, a déploré le premier président.

80 millions d’euros

La direction du Louvre a réagi en indiquant accepter « la plupart des recommandations » formulées par la Cour des comptes, tout en estimant que son rapport « méconnaît » plusieurs de ses actions notamment sur la sécurité. « La gestion du plus grand musée du monde et du plus visité ne peut faire l’objet d’un jugement équilibré que si ce dernier se fonde sur le temps long », affirme la direction du musée, qui regrette également que le rapport détaille précisément le nombre de caméras de surveillance existantes dans ses salles.

Dans un pré-rapport, consulté par l’AFP au lendemain du cambriolage, la Cour avait déjà pointé « le retard persistant » pris par le musée dans le déploiement d’équipements de sécurité pour protéger ses œuvres, des conclusions réfutées par la présidente-directrice du Louvre, Laurence des Cars devant la commission des Affaires culturelles du Sénat qui l’a auditionnée le 22 octobre.

« Il n’y a pas de retard dans la mise en œuvre du schéma directeur de sûreté du Louvre », chiffré à 80 millions d’euros, avait déclaré Laurence des Cars, qui dirige l’institution depuis 2021 et tiendra un conseil d’administration « en urgence » ce vendredi.

Dans son rapport définitif, la Cour pointe « un retard considérable dans le rythme des investissements » face à une « dégradation accélérée » du musée qui a accueilli neuf millions de visiteurs en 2024, dont 80 % d’étrangers.

Le vaste projet de rénovation, voulu par Emmanuel Macron, « est désormais évalué à 1,15 milliard d’euros, dont 481 millions d’euros sur les 10 prochaines années (…) ce qui constitue une fourchette basse au regard des besoins de remise à niveau du musée », selon la Cour des comptes.

Ce projet, annoncé en janvier par le président de la République et baptisé « Nouvelle renaissance du Louvre », était évalué à environ 700 à 800 millions d’euros.