Depuis le Brésil, Macron réveille les oppositions françaises autour du Mercosur
POLITIQUE – Près de 8 000 kilomètres séparent Paris et Bélem. Mais c’est bien depuis cette ville du Brésil qu’Emmanuel Macron a ravivé les crispations françaises autour de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur. Lors d’un échange avec la presse, le chef de l’État s’est dit « plutôt positif » sur une possible ratification, particulièrement crainte par les agriculteurs à l’heure où la Commission européenne accélère sur le dossier.
« « Nous avons été entendus par la Commission qui non seulement nous a donné une réponse positive sur les clauses de sauvegarde, mais a souhaité aussi apporter des soutiens en particulier au secteur de l’élevage, apporter aussi un renforcement des protections de notre marché intérieur avec un renforcement de notre union douanière », a détaillé Emmanuel Macron, tout en se disant « vigilant » sur l’évolution des discussions.
« Parce que je défends aussi les intérêts de la France », a-t-il justifié, précisant que Bruxelles va entrer dans une phase de travail avec les pays du Mercosur pour que les clauses poussées par la France pour protéger l’agriculture française « soient acceptées ». Raison pour laquelle le chef de l’État se dit optimiste. « Si ces clauses, qui n’existaient pas, sont bien mises en œuvre dans l’accord, à ce moment-là, nous considérons que cet accord peut être acceptable », a-t-il conclu, en relayant cette prise de parole sur ses comptes officiels.
Un « nouvel affront »
Ce qui, en France, est perçu au mieux comme un changement de pied, au pire comme une trahison. D’abord de la part du monde agricole. Premier syndicat du secteur, la FNSEA a littéralement étrillé cette prise de position. « Depuis des mois, le président de la République affirmait au monde agricole sa ferme opposition à l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Aujourd’hui, depuis Belém, en marge de la COP30, il se dit “plutôt positif” à l’idée de l’accepter. C’est un reniement total », dénonce dans un communiqué diffusé ce vendredi 7 novembre le patron de la FNSEA Arnaud Rousseau.
« Décidément, après l’insulte du Salon de l’agriculture d’il y a deux ans, lorsque le chef de l’État avait évoqué l’idée d’inviter les Soulèvements de la Terre pour “dialoguer” avec les agriculteurs, cette déclaration, prononcée qui plus est à Belém, au cœur du territoire de nos concurrents agricoles, sonne comme un nouvel affront », déplore-t-il encore.
« Comme c’était malheureusement prévisible, et malgré les promesses réitérées le 4 novembre par Annie Genevard, Emmanuel Macron sacrifie l’agriculture française sur l’autel du Mercosur pour faire plaisir au président brésilien », renchérit la Coordination rurale, syndicat agricole proche du RN. Classée à gauche, la Confédération paysanne a également la « trahison » du chef de l’État sur ce sujet.
Genevard tente de rassurer
Sans surprise, la sortie d’Emmanuel Macron fait aussi réagir dans la sphère politique. « Le président Macron se dit “positif” sur l’accord de libre-échange Mercosur. Lui qui avait dit que c’était un danger pour nos agriculteurs et qu’il l’empêcherait. Le Mercosur doit être empêché par tous les moyens », a fustigé la députée LFI Clémence Guetté, renvoyant à la niche parlementaire de son groupe prévoyant une proposition de résolution visant à s’opposer à cet accord.
« Par deux fois, notre Assemblée a dit “non” à cet accord avec le Mercosur, et de même, deux fois au Sénat. Tous les syndicats agricoles disent “non”. Toutes les associations environnementales disent non. 76 % des Français disent “non”. Et au nom de la France, vous vous apprêtez à dire “oui”, à laisser passer avec lâcheté », a attaqué François Ruffin, tandis que le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, somme le chef de l’État de laisser le Parlement se prononcer sur le sujet.
« Une trahison du monde agricole, une trahison des parlementaires », fustige aussi la députée socialiste Mélanie Thomin. La veille, c’est le groupe LR à l’Assemblée nationale qui demandait au Premier ministre d’organiser un vote sur le sujet. « Monsieur le Premier ministre, nous vous demandons de toute urgence qu’un vote puisse avoir lieu au plus vite au Parlement concernant cet accord, et que toute signature du traité soit rejetée et condamnée d’ici là », ont écrit les députés du groupe présidé par Laurent Wauquiez.
Face à la colère qui se diffuse, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a tenu à rassurer. « Aujourd’hui, même s’il y a des avancées, le compte n’y est pas », a-t-elle répliqué sur X, en affirmant que les « lignes rouges » fixées par la France restées inchangées. Pas sûr que cela suffise à calmer les craintes, dans un contexte où le chef de l’État n’a pas réussi à réunir une minorité de blocage à Bruxelles pour empêcher la ratification du traité.



