Comprendre la polémique sur les propos de cette députée LFI sur l’assassin de Samuel Paty
POLITIQUE – L’affaire ne risque pas de rabibocher insoumis et socialistes. Depuis la publication d’une enquête de Libération sur les soupçons de « communautarisme électoral » de la France insoumise, la députée Nathalie Oziol est au cœur d’une polémique, dans laquelle se retrouvent le maire socialiste de Montpellier Michaël Delafosse et l’assassinat de Samuel Paty.
L’enquête du quotidien évoque plusieurs cas, destinés à montrer que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon « s’éloigne du dogme anticlérical de ses origines » pour flatter un électorat, et principalement l’électorat musulman. Parmi les exemples cités, des propos tenus en juin 2024 par la députée LFI de la circonscription Nathalie Oziol, lors d’un échange avec l’administrateur d’une boucle WhatsApp pro-LFI et très critique vis-à-vis du maire Michaël Delafosse, accusé d’islamophobie. Les propos de l’édile, qui a qualifié l’assassin de Samuel Paty de « fanatique musulman », indignent particulièrement, selon les échanges consultés par Libération.
Le quotidien rapporte ensuite une rencontre entre l’administrateur de cette boucle et Nathalie Oziol. Laquelle se désolidarise des termes employés par le maire socialiste. Évoquant sa vision de la laïcité au sein dans la République (« là pour garantir que tout le monde puisse être et croire en tranquillité »), elle estime que « ce n’est pas cela qui se passe depuis quelque temps » dans le chef-lieu de l’Hérault. « Je ne suis pas d’accord pour que, lorsque l’attentat de Samuel Paty a eu lieu, on dise que “c’est un fanatique musulman”. On amalgame absolument tout », fustige-t-elle en évoquant le tweet de Michaël Delafosse.
LFI accusé d’« insulter » la mémoire de Samuel Paty
Son refus de qualifier l’assassin de l’enseignant de « fanatique musulman », en dépit des enquêtes attestant de sa position radicale dans la religion musulmane, provoque immédiatement un tollé. Rassemblement national et élus Renaissance y voient une preuve de « l’aveuglement de LFI vis-à-vis de l’islamisme ». Au Parti socialiste, le sénateur de l’Hérault Hussein Bourgi estime que la députée « nie le fanatisme islamiste de l’assassin » et « insulte » ainsi la mémoire de l’enseignant d’histoire géographie.
Les propos de Nathalie Oziol ont fait réagir jusqu’à l’avocate de la sœur de Samuel Paty. « Vous prétendez vouloir “réaxer” le débat : le premier axe madame, consiste à nommer les faits tels qu’ils sont et de voir la menace tel qu’elle est. (…) Vous soutenez qu’il ne faudrait pas “stigmatiser” les fanatiques musulmans. Mais les qualifier ainsi n’est pas une stigmatisation : c’est un devoir de lucidité », écrit Carine Chaix, dans un communiqué le 6 novembre.
En réponse, les insoumis mettent en cause Libération et sa journaliste Charlotte Belaïch, déjà dans leur viseur pour avoir coécrit La Meute, un livre-enquête sur les méthodes de Jean-Luc Mélenchon et son mouvement. Nathalie Oziol accuse la journaliste d’être une « menteuse récidiviste » et d’avoir « truqué » ses propos. « J’ai dit que Samuel Paty avait alerté sur le fait qu’il se sentait en danger et n’avait pas été entendu et que ça, ce n’est pas une question de religion. Et vous essayez de me faire dire autre chose. Vos méthodes sont honteuses ! », poursuit-elle dans une série de tweets.
Les municipales en embuscade
Pour autant, la députée persiste et signe. Dans une interview accordée à Midi Libre le 7 novembre, elle maintient ne pas être « d’accord pour qu’on qualifie l’auteur de l’attentat contre Samuel Paty de “fanatique musulman” comme l’a fait le maire de Montpellier dans un tweet car il s’agissait d’un terroriste islamiste ». « Amalgamer musulman et islamiste c’est inacceptable et insultant pour des millions de musulmans », ajoute-t-elle. En parallèle, le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard accuse le quotidien d’être « en campagne contre la France insoumise pour sauver le soldat Delafosse. »
Car en creux, c’est bien la bataille des municipales 2026 qui se joue. S’il n’a pas encore officialisé, la candidature de Michaël Delafosse pour un deuxième mandat fait peu de doute. La France insoumise a, elle, investi sa députée Nathalie Oziol comme tête de liste. Dans ce contexte, et alors que l’enquête de Libération interroge justement les stratégies de LFI pour les municipales, les propos de la députée ont été perçus par les socialistes comme une « instrumentalisation des cultes à des fins électorales. »
Silencieux jusqu’alors, Michaël Delafosse a réagi le 7 novembre dans un communiqué où il dénonce « une offense à la mémoire de Samuel Paty. » Sans répondre aux accusations de Nathalie Oziol, il souligne que « le fanatisme religieux est un fléau de l’humanité », poursuit-il, citant aussi bien « les fanatiques catholiques » que « musulman ». « Nier, relativiser ou transiger, c’est abandonner nos valeurs fondamentales », poursuit le maire qui « réaffirme » au passage que « Montpellier honorera toujours la mémoire » de Samuel Paty et de Dominique Bernard, assassiné par un ancien élève ayant prêté allégeance au groupe terroriste Daech.



