Economia

« Il est sympathique Bruno, mais… » : Borne répond à Le Maire sur le déficit

POLITIQUE – « Il est sympathique Bruno, mais… ». Le ton est cordial mais la réplique se veut ferme. En pleine séquence budgétaire à l’Assemblée nationale, la question de la responsabilité du déficit en 2023 et 2024 est revenue sur le devant de la scène, notamment aussi à la faveur d’un documentaire diffusé par l’émission C dans l’air. Dans cette émission, Bruno Le Maire, patron de Bercy pendant sept ans, admet s’être « planté big time sur les recettes » mais assure avoir mis en garde régulièrement sur le dérapage financier.

Un règlement de compte dans lequel il évoque une lettre secrète envoyée à Emmanuel Macron en avril 2024 mais aussi les alertes multiples au gouvernement. Élisabeth Borne, à cet égard, en prend pour son grade, tancée d’avoir notamment augmenté en 2022 le point d’indice des fonctionnaires sans consulter son ministre de l’Économie.

L’intéressée dément et assure que cette mesure était compatible avec les objectifs déficitaires. Surtout, pas question de porter le chapeau. Sur le plateau de LCI mardi soir, Élisabeth Borne décline les « leçons » sur « la maîtrise des dépenses publiques et la tenue de notre déficit public », évoquant tour à tour les réformes de l’assurance-chômage et des retraites qu’elle a portées. L’ancienne Première ministre accuse par ailleurs Bruno Le Maire d’avoir la mémoire courte et de « mélanger les calendriers » : puisqu’« en 2022, on était en pleine crise inflationniste et il était parfaitement au courant ».

« Il doit manifestement se mélanger dans le calendrier »

Surtout, Élisabeth Borne renvoie dans la foulée les erreurs de calcul sur les recettes directement à Bercy : « Si les recettes prévues par Bercy avaient été au rendez-vous, alors on aurait tenu nos objectifs de déficit public de 5 %. » Lors de la commission d’enquête parlementaire consacrée aux dérapages des finances publiques, le rapport avait notamment évoqué « un dérèglement des modèles », des « biais dans l’établissement de certaines prévisions de moyen terme », mais aussi les « comportements [de certaines] administrations ».

Quant à la lettre secrète envoyée à Emmanuel Macron, l’élue du Calvados évoque là encore une confusion en matière de calendrier et rappelle qu’en avril 2024 elle n’était plus à Matignon. « Il est sympathique Bruno, mais je pense qu’il peut se rappeler que moi j’ai quitté Matignon le 8 janvier 2024 (…). Il doit manifestement se mélanger dans le calendrier » a insisté Élisabeth Borne, rappelant habilement le nom de son successeur, Gabriel Attal.

Plus difficile en revanche pour Élisabeth Borne de botter en touche sur la note que Bruno Le Maire lui a bien adressé directement en novembre-décembre 2023 et dans laquelle il s’inquiète du manque de recettes à venir. « Il n’a pas jugé utile de m’appeler (…), il ne m’a pas transmis la note par messagerie comme on le fait habituellement (…), c’est un peu surprenant » a tenté d’esquiver Élisabeth Borne avant de défausser sur… le calendrier : « J’ai pris connaissance de cette note le 15 décembre, la veille du 49-3 sur le PLF. »