Un mois après son départ fracassant, Retailleau face au risque d’effacement
POLITIQUE – Retour au bercail. Ce jeudi 13 novembre à minuit, Bruno Retailleau a officiellement retrouvé son siège au Palais du Luxembourg en tant que sénateur, un mois après son départ fracassant du gouvernement. Après les dorures et les projecteurs de Beauvau à son avantage, le Vendéen retrouve l’ambiance plus feutrée et moins médiatique de la chambre haute.
Avec un défi, ne pas disparaître des radars, tant les bancs sénatoriaux apparaissent étroits face au vertigineux ministère de l’Intérieur, où il a eu le loisir de choisir sa scénographie : bras de fer avec l’Algérie, duel à fleurets mouchetés avec Gérald Darmanin et l’Élysée, élection triomphale à la présidence de LR entre autres sorties embarrassant l’exécutif.
« Il revient ici avec une autre image, un autre rayonnement, une autre dimension. Ce n’est plus le Bruno qui nous avait quittés il y a un an. C’est désormais un ancien ministre, un président de parti. Il aura une place puissamment singulière dans notre groupe », défend auprès de l’AFP, Max Brisson, porte-parole du groupe LR, au Sénat.
Un beau vernis mais qui s’écaille aussi. Son tweet signant son départ du gouvernement Lecornu I laisse un goût de raté, d’autant plus le côté cinglant a rapidement fait pschitt, puisque des ministres LR, comme Annie Genevard, sont bien restés en place. Pis, alors que le Vendéen promettait leur exclusion, ils ont simplement été suspendus. Une sortie finalement boiteuse et au bénéfice de Laurent Wauquiez, désormais en première ligne face au gouvernement dans à l’Assemblée nationale.
Le bloc central ne s’est d’ailleurs pas privé d’un satisfecit ce mercredi, sur la méthode diplomatique discrète qui a permis la libération de l’écrivain Boualem Sansal. Une issue dépourvue de coups de sangs médiatiques qui sonne comme un camouflet à l’approche offensive réclamée (dans le vide) par Bruno Retailleau sur le dossier algérien.
« Expliquer les raisons de son départ »
C’est dans cette situation délicate, qui lui vaut une dégringolade dans les sondages, que Bruno Retailleau retourne au Sénat, et pas par la grande porte. Le Vendéen ne récupérera pas son poste de président de groupe, désormais occupé par Mathieu Darnaud, élu de l’Ardèche et proche de Gérard Larcher. Ses soutiens l’assurent, il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre les deux tant ils s’entendent bien. Le président des Républicains peut aussi compter sur de nombreux soutiens à la chambre haute dont il connaît parfaitement les arcanes.
Si la tripartition de l’Assemblée offre un rôle de choix au Sénat, Bruno Retailleau entend bien combler lui-même le déficit médiatique qu’il implique. JDNews, Le Figaro, budget, retraites… L’ex-ministre s’attache à faire entendre sa musique dès qu’il le peut. Et pour ne pas tomber dans l’oubli et maintenir sa surface, y compris face aux appétits de ses opposants internes, il a préparé un « tour de France » qui sonne comme une précampagne au contact des Français.
« C’est important pour lui qu’il aille à leur rencontre, pour expliquer son parcours à Beauvau, sans doute aussi pour expliquer les raisons de son départ. C’est nécessaire », plaide Didier Mandelli, vice-président du Sénat, auprès de l’AFP. Une façon de reconnaître en creux que le récit du Vendéen, qui a perdu en octobre tout le capital politique acquis en 15 mois en l’espace d’une semaine, n’est donc peut-être pas si limpide que ça.
Dans son viseur pour cette tournée, les municipales bien sûr, mais aussi évidemment 2027, un horizon qui aiguise tous les appétits et face auquel la question de la primaire est déjà centrale. Farouchement opposé à la primaire, c’est un Laurent Wauquiez humilié et décidé à prendre sa revanche après le Congrès qui a changé son fusil d’épaule. Comme David Lisnard, le député de Haute-Loire plaide pour un jeu ouvert allant de Gabriel Attal à Sarah Knafo, et a rencontré mercredi Éric Zemmour. Gage qu’il n’y a pas qu’au Sénat qu’il faudra restaurer son autorité.



