« De la poudre de perlimpinpin » : le Sénat dézingue la suspension de la réforme des retraites
POLITIQUE – La suspension de la réforme des retraites va-t-elle survivre aux fourches caudines du Sénat ? En commission des Affaires sociales ce samedi 15 novembre, les sénateurs ont choisi de revenir sur ce trophée des socialistes, obtenu en échange d’une non-censure du gouvernement.
À majorité de droite et du centre, le Palais du Luxembourg n’a jamais caché son intention de maintenir en l’état la réforme Borne, adoptée dans la douleur en 2023 contre l’avis des syndicats et d’une majorité de Français qui étaient descendus massivement dans les rues. Ce n’est donc pas une surprise de le voir s’opposer aujourd’hui à la « suspension » proposée par Sébastien Lecornu.
« C’est de la poudre de Perlimpipin », a dénoncé la sénatrice LR Pascale Gruny, regrettant notamment que le financement de la mesure reposerait « sur les retraités eux-mêmes ». « Le Sénat ne peut pas se renier sur une réforme qu’il a soutenue depuis des années », confie à l’AFP la rapporteure générale, la centriste Élisabeth Doineau. Dès le 25 octobre, Gérard Larcher prévenait que le Sénat « rétablira la réforme des retraites ». « Nous la votons depuis cinq ans. Je rappelle que son abandon, c’est 3 milliards de déficit en 2035 », estimait son président dans le Parisien.
Une attitude que regrettent les socialistes qui, comme à l’Assemblée nationale, défendent fermement la mesure. « La majorité sénatoriale se met dans une posture de refus de tout accord et de tout compromis », pointe le sénateur PS Bernard Jomier, s’inquiétant auprès de l’AFP d’un « raidissement très net » de la droite et des centristes. Mais un débat s’engage au sein de la gauche, entre les socialistes d’un côté, les écologistes et les communistes de l’autre. Ces derniers étant plus que sceptiques.
« Un plat de lentilles », dénonce le PCF
Le président du groupe socialiste Patrick Kanner estime que ce sera « l’épreuve de vérité » pour les sénateurs de gauche. Il dit ne pas comprendre comment la gauche pourrait « s’abstenir ou voter contre une mesure majeure que nous avons toujours demandée, et que nous avons sollicitée dès le départ de François Bayrou ». « Il ne s’agit pas d’une suspension de la réforme mais d’un décalage de trois mois pour une classe d’âge. Je ne me fais pas acheter pour un plat de lentilles. De notre côté, nous continuerons de demander l’abrogation de la réforme des retraites », lui a répondu la patronne des communistes Cécile Kukierman sur Public Sénat.
La mesure tant voulue par le PS n’est pourtant pas définitivement enterrée, puisqu’elle poursuit son parcours législatif jusqu’au début du mois de décembre. D’autres dispositions, comme le gel des pensions de retraite qui avait été supprimé par les députés, ont également été rétablis en commission des Affaires sociales au Sénat. Sur ce sujet, les sénateurs ont choisi, à ce stade, de ne pas toucher aux pensions inférieures à 40 euros. Les débats dans l’hémicycle commenceront le 19 novembre.
Sur ce texte comme sur les autres, le processus législatif suit son cours normal, l’Assemblée nationale aura toutefois le dernier mot.


