Avec ce meeting, Jean-Luc Mélenchon lance (sans le dire) sa campagne présidentielle
POLITIQUE – Il y a des signes qui ne trompent pas. Pour que Jean-Luc Mélenchon tienne un meeting de près de deux heures un dimanche après-midi dans une petite commune d’Indre-et-Loire, c’est que l’élection présidentielle n’est pas très loin. À dix-huit mois du scrutin – auquel il n’est pas encore officiellement candidat –, le tribun a profité d’être à Saint-Pierre-des-Corps ce 16 novembre pour poser quelques jalons.
Tout en balayant plusieurs sujets d’actualité (budget, suspension de la réforme des retraites, implantation de Shein, difficulté à trouver une alternance, accidents du travail…), Jean-Luc Mélenchon a tracé les contours d’une nouvelle campagne présidentielle ; sa quatrième. Il est notamment revenu sur le concept de « nouvelle France », décrié autant qu’il est mal compris. « Le peuple de la nouvelle France peut tout changer. C’est celle des jeunes et des femmes, qui ont désormais les droits auxquels elles peuvent prétendre », a déclaré l’ex-député des Bouches-du-Rhône, appelant à construire « un monde neuf ».
Lors de ce meeting – qui se jouait à guichets fermés, selon la presse locale, puisqu’une centaine de personnes n’ont pas pu entrer –, le fondateur de La France insoumise s’est attaqué à Emmanuel Macron, qu’il qualifie de « personne la plus détestée de France ». Et fustigé le bilan de celui qui est à l’Élysée depuis huit ans, notamment en matière de lutte contre la pauvreté. « La France est devenue le pays d’Europe où la pauvreté a le plus augmenté depuis 2017 », a-t-il clamé, martelant son attachement à la Sécurité sociale, qui fête ses 80 ans, et à la retraite par répartition.
Comme à chaque fois, Jean-Luc Mélenchon part tôt en campagne. Fidèle à sa stratégie de la tortue, qui avance lentement mais sûrement, il scrute d’un œil satisfait les sondages qui le donnent aux portes de la qualification pour le second tour. Au lendemain d’une réunion de la gauche « unitaire » qui, autour du Parti socialiste et des Écologistes, a acté l’organisation d’une primaire à l’automne 2026, le leader insoumis trace son sillon sans s’embarrasser de conciliabules et de tractations.
« Une ville honnête »
La ville de Saint-Pierre-des-Corps, une commune de 15 000 habitants très marquée par son histoire cheminote, n’a sans doute pas été choisie au hasard. Il s’agit d’un bastion historiquement communiste, qui a voté à près de 40 % pour lui au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. « C’est une ville honnête composée de braves gens et de 23 % de pauvreté, a déclaré Jean-Luc Mélenchon. Voilà ce qu’ils ont fait avec leur politique : une cohue de pauvres ! » Le maire de Tours, l’écologiste Emmanuel Denis, était présent dans la salle.
Surtout, l’ex-sénateur socialiste cherche à installer le match face au RN. Il imagine un second tour qui l’opposerait à Marine Le Pen, ou à Jordan Bardella si la première était empêchée de se présenter par la justice Il le répète souvent : « À la fin, ça se jouera entre eux et nous. » Comprendre : entre la gauche radicale et l’extrême droite. « Le RN propose d’enlever 100 milliards d’euros à l’État et aux collectivités locales. Ils sont d’accord pour dérembourser les médicaments des malades chroniques alors que le pays connaît une épidémie de cancers, de diabète et d’obésité », a-t-il déploré.
« J’ai la trempe, le caractère »
Jean-Luc Mélenchon le sait : son image est au plus bas auprès d’une partie des Français. « Il paraît que je suis infréquentable. Eh bien, ce sont des malédictions qui me réjouissent », ironise-t-il. Et d’ajouter : « Je suis aussi la personne la plus détestée de France. Cela va faire un jaloux qui a beaucoup travaillé pour ce poste, le président de la République. »
En réalité, l’ancien socialiste devra résoudre un paradoxe s’il compte l’emporter. Il a une base électorale solide, qui lui permet d’être régulièrement donné en tête des candidats de gauche dans les sondages (loin devant Olivier Faure ou Marine Tondelier, donnés autour de 4 %), mais doit faire face à une puissante vague d’hostilité, composée de gens qui l’accusent d’être antisémite, sectaire, mégalomane…
Quarante-huit heures plus tôt, sur le plateau de BFMTV, le leader insoumis s’était déjà dit « insensible à l’opinion qu’on a de [lui] ». « Je m’en moque. Ce qui compte, c’est que j’espère convaincre », avait-il expliqué. Puis : « Permettez-moi de vous dire que, tout détestable que je sois, et même odieux, et même infréquentable, je pense que j’ai quelque chose qui compte dans la vie politique : la trempe, le caractère, la capacité à tenir bon. » Comme pour tenter de corriger un trait de caractère que lui reprochent nombre de Français.
Ça tombe bien : le meeting était non seulement diffusé sur ses réseaux sociaux, mais aussi retransmis en direct sur les principales chaînes d’information. Au même moment, l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui réunissait les siens à Pontoise, n’a pas eu droit aux mêmes égards.


