Pour la fille de Robert Redford, les « hommages en IA » rendent son deuil encore plus difficile
Le deepfake devient un nouveau fléau pour les familles de célébrités disparues. À l’ère du numérique les internautes rendent hommage à Robert Redford à leur façon : l’intelligence artificielle. Ce qui ne plaît pas du tout à sa fille Amy Redford, actrice dans The guitare (2008). Depuis l’annonce de la mort de la légende du cinéma, le 16 septembre dernier, des vidéos circulent sur les réseaux sociaux. On y voit l’acteur — connu pour Gatsby le Magnifique (1974) ou Des gens comme les autres (1980) — monter au ciel, enlacer Paul Newman, son partenaire dans Butch Cassidy et le Kid (1969), ou encore retrouver des proches disparus.
Dans un texte publié mercredi sur ses réseaux sociaux, Amy Redford raconte à quel point ces contenus, entièrement inventés, la mettent mal à l’aise. « De nombreuses versions générées par IA de funérailles, d’hommages et de citations de membres de ma famille sont de pures inventions », exprime celle que l’on a vue dans Sunshine Cleaning (2008). Elle déplore aussi ces représentations de son père, décédé à l’âge de 89 ans, « qui ne peut évidemment pas donner son avis », et ces images familiales qui rendent la période encore plus difficile à vivre.
« Et si c’était vous ? Que cela vous guide »
Pour autant, Amy Redford ne rejette pas totalement l’outil. Elle reconnaît que l’intelligence artificielle fait désormais partie du paysage. « L’IA est là pour rester. J’espère qu’elle restera dans le domaine de l’utilisation transparente, là où elle a toute sa place », explique-t-elle dans son texte, écrit sur fond noir. Selon elle, beaucoup de ces contenus ont été créés avec de bonnes intentions. « Je pose simplement la question : et si c’était vous ? Que cela vous guide », dit-elle.
Malgré ce malaise, Amy Redford remercie les admirateurs de son père et souligne combien sa famille est touchée par l’avalanche de messages venus du monde entier, preuve que Robert Redford a profondément marqué plusieurs générations de spectateurs. Dans cette même publication, elle précise que « nous n’avons pas organisé de funérailles publiques, mais nous préparons une cérémonie commémorative pour plus tard », rappelant que Robert Redford est décédé. Elle ajoute : « Chaque famille devrait avoir la possibilité de faire son deuil, de représenter la personne disparue et de lui rendre hommage d’une manière qui corresponde au mieux à ses valeurs et à sa culture familiale. »
Deepfake, le fléau des proches des stars décédées
Robert Redford n’est pas la seule célébrité disparue dont l’image est utilisée à ces fins. Tupac en train de faire ses courses, Michael Jackson qui mange des nuggets dans le fast-food le plus connu au monde, ou encore Kobe Bryant, réapparu aux côtés de fans malgré sa mort dans un crash d’hélicoptère le 26 janvier 2020 : les internautes débordent d’imagination pour ressusciter leurs stars préférées. Certaines de ces vidéos cumulent des millions de vues. D’autres vont plus loin encore, utilisant des chatbots pour avoir l’impression de discuter avec des proches disparus ou des personnalités mortes depuis longtemps. Une pratique qui suscite de vives critiques de la part des familles concernées.
Ces vidéos hyperréalistes sont créées grâce à Sora 2, le nouvel outil de génération vidéo d’OpenAI, lancé le 30 septembre 2025 aux États-Unis. Le règlement de la plateforme interdit pourtant de produire des images de personnes réelles sans leur consentement, relançant le débat sur le droit à l’image, en particulier lorsqu’il s’agit de personnes décédées. Le patron d’OpenAI a d’ailleurs annoncé vouloir « renforcer le contrôle des droits d’auteur sur les vidéos générées », dans un article de blog.
Ce n’est pas la première fois que la question autour de ces fausses images générées par IA se pose. En 2021 déjà, un deepfake saisissant de Tom Cruise, la star de Top Gun (1986), circulait massivement. Facebook et plusieurs autres réseaux sociaux avaient alors interdit la publication de ces contenus. Mais la qualité de ces images est désormais si proche du réel que les plateformes doivent redoubler d’efforts pour améliorer leurs systèmes de détection.


