Malgré les milliers d’hectares brûlés, pourquoi les feux ne sont pas considérés comme catastrophe naturelle
Notre maison brûle et, cette fois, il est difficile de regarder ailleurs. Les incendies de cet été 2026 font la une de la presse depuis plusieurs semaines et suscitent l’émotion un peu partout en France. Avec plus de 115 000 hectares partis en fumée à ce jour depuis le début de l’année, l’ampleur de la surface brûlée interpelle. L’ombre du dérèglement climatique et d’une sécheresse particulièrement « exceptionnelle » plane.
Maintenant que le feu est fixé dans le Var et « stabilisé » en Gironde, la question de l’après-catastrophe commence à émerger, notamment pour les particuliers concernés directement par ces feux. En effectuant leurs démarches auprès de leurs assureurs, certains seront peut-être surpris de constater que la garantie Cat-Nat, le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, ne s’applique pas pour les dégâts sur leur habitation.
« Une catastrophe naturelle désigne un événement provoqué par la force de la nature, dont l’intensité anormale cause d’importants dégâts matériels et humains. » C’est la définition que donnent les services de l’État pour décrire une catastrophe naturelle. Cela évacue l’incendie d’origine humaine, cas qui se vérifie 9 fois sur 10.
Il n’en reste que le brasier géant actuel est alimenté par des phénomènes naturels tels que la sécheresse et les différentes canicules et semble cocher les cases de la définition évoquée ci-dessus, notamment celle concernant l’ampleur des dégâts. Mais pour les assureurs, il n’en est rien.
Hors de la garantie Cat-Nat
Pour comprendre pourquoi un vaste feu de forêt n’est pas considéré comme une catastrophe naturelle au sens des assurances, il faut remonter à un peu plus de 40 ans en arrière. Afin de pallier la carence de couverture des risques naturels, la loi du 13 juillet 1982 a créé un régime d’indemnisation impliquant un financement de l’État : la garantie Cat-Nat.
« Il a vu le jour car les marchés privés n’étaient pas capables d’assurer des événements d’ampleur », explique France Assureurs, fédération qui rassemble l’ensemble des entreprises d’assurance opérant en France, contactée par Le HuffPost. Pour que cette garantie puisse s’activer, un arrêté interministériel doit reconnaître l’état de catastrophe naturelle.
Comme le rappelle le site gouvernemental Géorisques, ce régime couvre les périls « non assurables » en raison de leur « intensité anormale » : inondations, submersion marine, sécheresse (risque ajouté en 1989, NDLR), avalanches, séismes, volcanisme, vents cycloniques supérieurs à 145 km/h en moyenne sur dix minutes…
Les feux de forêt, quand bien même lorsqu’ils sont provoqués ou attisés par un phénomène naturel (sécheresse, canicule, foudre…), ne figurent pas dans la liste. D’ailleurs, l’origine du feu n’a aucune importance pour les assureurs. « L’important, c’est qu’il y ait un feu. Notre boulot, c’est d’indemniser les gens », fait savoir la Fédération Française de l’Assurance.
Une question d’intensité et de rareté
Le feu est d’ailleurs considéré comme le risque assurable par excellence. « C’est même la garantie historique de l’assurance habitation », rappelle le site Feux de forêts, plateforme citoyenne et participative dédiée au suivi des incendies en France. Les dégâts causés par les incendies sont considérés comme tout à fait absorbables par les assureurs. Par exemple, selon les derniers chiffres relayés par TF1, 240 maisons ont été ravagées par les flammes en Gironde et vont devoir être entièrement reconstruites. « Le marché privé est tout à fait capable de payer pour cela, il n’y a pas besoin de créer un partenariat avec le public », nous précise l’agence d’assurance parisienne.
La garantie Cat-Nat va couvrir des faits « intenses » donc, mais aussi « rares », nous explique-t-on. Prenons l’exemple d’un séisme. En France, la probabilité qu’un tremblement de terre d’ampleur ravage le territoire est faible. Mais, si c’était le cas, rembourser tous les assurés touchés pourrait causer la banqueroute du marché privé, compte tenu de l’ampleur des dégâts.
Il s’avère que les incendies, eux, ne sont pas rares. « Il y en a toute l’année, et pas uniquement des feux de forêt », rappelle France Assureurs. Chaque année, on décompte environ 60 000 incendies domestiques sur le territoire, auquel il faut ajouter les 3 000 à 4 500 feux de forêts que décompte Géorisques. Ce nombre justifie d’ailleurs que les incendies aient leur propre garantie, qui est comprise dans le contrat d’assurance habitation.
Et à l’avenir ?
Mais, avec le dérèglement climatique, ces mégafeux ont vocation à être de plus en plus fréquents et ravageurs. À ce jour, la question de les intégrer à la garantie Cat-Nat ne serait pas d’actualité dans le milieu des assureurs. « En termes de coût, une forêt coûte moins cher à indemniser qu’une ville. Si un quart de Bordeaux avait brûlé, ce ne serait pas la même histoire », explique la fédération qui regroupe 254 sociétés d’assurances. Si les flammes se sont retrouvées aux portes de la 9e ville la plus peuplée de France, qui dit que ce scénario ne pourrait pas se réaliser un jour ?
De son côté, le gouvernement semble pourtant anticiper l’aggravation des catastrophes naturelles causée par le dérèglement climatique. Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie, avait décidé de revoir à la hausse le taux de surprime de la garantie Cat-Nat. Pour une assurance habitation par exemple, la surprime est passée à 20 % au 1er janvier 2025, contre 12 % précédemment. Plus simplement, pour un contrat moyen, la note est passée de 25 à 40 euros par an.
Si le régime d’assurance dédié aux imprévus d’ampleur est à l’équilibre aujourd’hui, les projections sont inquiétantes. Selon France Assureurs, le coût des catastrophes naturelles va doubler entre 2020 et 2050. Indexer la surprime sur l’inflation, moins indemniser les assurés, sortir certains risques du système… Le milieu cherche à faire des économies pour se préparer au pire. Et ce n’est pas en ajoutant un petit nouveau à la liste que l’on réduira la voilure.



