Culture

Cet humoriste accuse le Paname Art Café de ne pas payer les artistes quand la salle est trop vide

« Je me suis fait virer du Paname, le plus grand comedy club de France, pour avoir voulu être payé ». Ces mots de Sylvain Fergot ont été vus plus de 3,8 millions de fois sur Instagram. L’humoriste affirme que le Paname Art Café refuserait de rémunérer les artistes se produisant chez eux lorsque la salle est trop vide à leurs yeux, accusant la direction de harcèlement et d’abus de pouvoir.

Dans une vidéo likée par près de 230 000 personnes, Sylvain Fergot rapporte que le Paname Café refuse d’annuler les spectacles même quand leurs jauges sont insuffisantes pour être rentable, mais qu’ils répercutent à la place cela sur les artistes. « C’est comme si tu as un restaurant, et quand tu n’as pas assez de clients, tu ne payes pas tes cuisiniers », explique-t-il.

« Et si on refuse de jouer, on est virés », poursuit celui qui dit se produire au Paname depuis huit ans, dont « gratuitement plein de fois ». Il dit que la direction du comedy club lui a retiré toutes ses dates après sa plainte pour non-rémunération, preuves à l’appui. « On va te retirer toutes tes dates du mois d’août, comme ça s’est réglé », peut-on entendre dans un enregistrement vocal attribué au patron du Paname café.

L’humoriste explique également que le climat délétère dépasserait les questions de paiement, même si celles-ci sont évidemment essentielles. « Au Paname, tu peux être viré pour un mot de travers, pour avoir vexé le programmateur, pour ne pas avoir accepté de faire une scène qu’ils te proposaient […], pour avoir liké un post de quelqu’un qu’ils n’aiment pas », rapporte-t-il.

« Un coup de com’ », accuse la direction du Paname

Ce témoignage a eu une portée très importante dans le monde du stand-up. « Je m’adresse aux humoristes qui ont été virés sans raison, humiliés ou à qui les patrons ou les programmateurs ont manqué de respect sans raison. Dites aux gens ce qu’il s’est passé », appelle Sylvain Fergot en conclusion de sa vidéo. Contactée par Le Parisien jeudi, la direction du Paname Art Café a dénoncé « un coup de com’ », et dit réfléchir « aux suites à donner ».

De nombreux autres humoristes ont apporté leur soutien à Sylvain Fergot sous son post, ou partagé leur expérience négative avec le Paname Café. Cette vidéo a également convaincu d’autres artistes de témoigner anonymement auprès de France Culture, racontant le même climat de harcèlement et de pression.

L’une d’entre elles explique qu’une « consigne » existe : celle « de ne pas prévenir l’humoriste que ses dates ont été supprimées ». « On peut arriver et là, on nous dit devant tout le monde : “Qu’est-ce que tu fais là ? On t’a supprimé toutes tes dates pour le mois !” », raconte-t-elle, affirmant qu’il s’agissait d’un choix délibéré pour qu’il y ait « vraiment cette situation d’humiliation qui soit vécue ».

« Ambiance toxique »

Une seconde artiste, qui dit avoir aussi joué plusieurs fois sans être payée avant d’arrêter de collaborer avec le Paname Café, assure auprès de France Culture qu’il faut « qu’il y ait 30 personnes pour qu’on soit payés ». Selon elle, la jauge aurait même « augmenté », racontant qu’il y a encore un an ou deux, « c’était à partir de 20 personnes, ce qui était déjà fou ».

Auprès de France 3 Paris-Ile-de-France, Lucie, une autre humoriste, dénonce également l’« ambiance toxique » au Paname. « Lorsque l’on était programmé à 23 heures, ils avaient décidé de ne plus nous payer. C’est illégal », fustige-t-elle.

Tristan Ihne, membre du Syndicat français des artistes-interprètes de la CGT, dénonce, de son côté, auprès de France Culture « une impunité où l’on se dit que, de toute façon, je peux traiter les gens comme je veux, il y en a plein derrière, il ne va rien se passer pour moi ». Il appelle à ce qu’il y ait des « conséquences » aux témoignages de ces artistes. La direction du Paname Café n’a pas souhaité répondre à ces nouveaux témoignages dévoilés par France Culture.