Pour le réalisateur de « Drive », le monde est « plus petit » depuis la mort de Kavinsky
« Ce qui m’a frappé chez lui, c’est sa gentillesse. » Une semaine après la disparition soudaine de Kavinsky, Nicolas Winding Refn – le réalisateur de Drive, film qui a propulsé la carrière du DJ à l’échelle planétaire – a pris la plume dans les colonnes du Hollywood Reporter pour exprimer toute sa peine.
« Pour beaucoup d’Américains, écrit le cinéaste de 55 ans dans sa tribune, il restera à jamais l’artiste à l’origine de l’inoubliable générique » de son thriller avec Ryan Gosling, pour lequel il avait reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, en 2011. « En France, continue le Danois, il était bien plus que ça. C’était une icône de la pop music. »
Quand il a réalisé Drive, Nightcall – le tube en question – existait déjà et Vincent Belorgey se faisait, lui, doucement une place sur la scène électronique, y compris à l’international. Quelques années en arrière, il s’était par exemple déjà illustré en première partie des Daft Punk, ou sur une petite scène à Coachella sous le nom de Kavinsky.
Kavinsky à l’international
Pour Nicolas Winding Refn, le choix de l’intégrer à son film a été mûrement réfléchi. « Je cherchais ce qu’on appelait, nous, le “son européen”, se souvient-il, citant pêle-mêle l’Italo disco ou les synthétiseurs. C’est alors que ce morceau nous est tombé tout cuit dans le bec. »
Il poursuit : « On considère souvent Drive comme un film “musclé”. Les voitures sont “musclées”. Los Angeles est “musclée”. Le chauffeur incarné par Ryan Gosling est musclé. Mais j’ai toujours pensé que l’âme du film était “féminine”. C’était une histoire d’amour. La musique se devait d’être douce, romantique, presque comme de la crème fouettée flottant sur de l’acier. »
Il a offert à Kavinksy une visibilité internationale phénoménale. Son premier album studio Outrun, sorti en 2013, est devenu une bande-son pour plusieurs pubs, comme celles de Mercedes ou BMW. Il a pour sa part multiplié les featurings, comme avec The Weeknd, tandis que le groupe London Grammar a, lui, repris son tube, devenu un classique.
En 2024, celui-ci a connu une seconde vie. À la cérémonie de clôture des JO de Paris, Kavinsky a dévoilé une nouvelle version du morceau en compagnie d’Angèle et Phoenix, sous les yeux de centaines de millions de personnes, offrant à Nightcall de nouveaux records. Il est devenu le titre le plus « shazamé » en 24 heures.
« Le monde est bien plus petit »
Lui n’a semble-t-il jamais perdu de son humilité. « Il connaissait un immense succès en tant que DJ et producteur, il était l’une des figures emblématiques de sa génération, et pourtant il était d’une douceur incroyable, confie Nicolas Winding Ref. En fait, il était presque timide. Il n’y avait rien de théâtral chez lui. »
La nouvelle de sa mort lui a été annoncée par Gaspar Noé par texto, alors qu’il était à Los Angeles. Il a eu bien du mal à se faire à l’idée : « Je n’ai pas compris ce qu’il se passait. […] C’était l’un de ces moments où l’on a soudain l’impression que le monde est bien plus petit. »
Comme lui, Quentin Dupieux, qui l’avait notamment fait tourner dans deux de ses films, The Weeknd, Sébastien Tellier, Angèle et bien d’autres ont précédemment rendu hommage à l’artiste, retrouvé mort à son domicile, à quelques jours de son 51e anniversaire. « Personne ne devrait voir sa vie s’achever par une mort prématurée », conclut le réalisateur de Drive.



