La Ligue 1 reprend en se serrant la ceinture, mais peut rêver d’un renouveau prochain
L’équipe de France a beau performer en Coupe du monde depuis huit ans (un titre, une finale et une demi-finale), le championnat national ne se porte toujours pas au mieux. Économiquement parlant du moins.
Pour la saison 2026-2027 qui s’ouvre ce vendredi 21 août avec un Marseille-Strasbourg (20h45, Ligue 1+), ce sera particulièrement frappant. Une bonne partie des 18 clubs de Ligue 1 sont en effet en cure d’austérité forcée, entre obligations de dégraisser leur effectif, de réduire les salaires, de recruter à petit prix et de réduire leur train de vie.
Cette diète économique est la conséquence directe de l’effondrement des droits télé. Le football français reste en effet englué dans une crise qui dure encore et toujours, après l’échec de Mediapro en 2020, la rupture avec DAZN après seulement un an de contrat en 2025 et un appel d’offres infructueux à l’été de la même année.
Résultat : lors de l’intersaison dernière, la Ligue de football professionnelle (l’instance qui régit les championnats nationaux) s’est résolue à lancer sa propre plateforme de diffusion, Ligue 1+, aux revenus bien inférieurs à ce que rapportaient auparavant les droits. Et incomparables avec la manne financière dont bénéficient les autres grands championnats en Europe.
On parle ici d’une valorisation à hauteur de 160 millions d’euros pour la saison qui s’ouvre. Bien loin des 500 millions injectés avant l’exercice 2024-2025 par DAZN (avec le concours de BeIN Sports, qui diffusait un match par journée), avant que tout ne capote un an plus tard. À l’époque, la LFP en avait espéré 700 millions, quand son président Vincent Labrune caressait le rêve d’en obtenir un milliard…
Le fonds d’investissement CVC va prendre sa part
Et comme si cela ne suffisait pas, le fonds d’investissement luxembourgeois CVC, qui avait acquis en 2022 13 % de la société commerciale de la LFP pour 1,5 milliard d’euros, va commencer à récupérer sa part annuelle de 13 % des revenus. Et cela à vie, rappellent Les Échos. Cette saison, elle sera même de 20 %, puisqu’il faut rattraper une partie des deux exercices précédents, durant lesquels aucune somme n’a été perçue. Il y a quatre ans, la LFP avait conclu ce deal pour réinjecter un capital indispensable à la survie immédiate des clubs après la crise du Covid et le fiasco de Mediapro. Aujourd’hui, le foot français doit passer à la caisse.
Alors que les clubs avaient pris l’habitude de bâtir leur budget pour moitié sur l’enveloppe de redistribution des droits télé, cette part représente aujourd’hui entre 10 et 20 % environ. Cette saison, ils pourraient percevoir seulement entre 4 et 12 millions d’euros. Bien loin d’une somme tournant autour des 30 millions d’euros pour un club moyen de Ligue 1 avant le début de la crise.
Concrètement, les clubs n’ont d’autre choix que de bricoler. L’OM, qui ouvre le bal ce vendredi à domicile, en est sans doute l’exemple le plus frappant. Le club est contrôlé de très près par la DNCG et l’UEFA, après des pertes qui ont atteint 105 millions d’euros lors de l’avant-dernière saison, un record pour le club. Cet été, il se débarrasse donc un à un de ses plus gros salaires (Greenwood, Aubameyang…), sans avoir enregistré la moindre recrue en retour. « L’OM doit vendre des joueurs et n’a pas le choix », résume une source proche du club à l’AFP, alors que l’OM, privé de Ligue des champions, ne pourra pas non plus compter sur les millions que rapporte cette compétition. Pour tenter de récupérer quelques deniers, les dirigeants ont signé un nouveau contrat de naming pour leur stade – bonjour le CEPAC Vélodrome – ou avec l’équipementier Adidas, annoncé conséquent (40 millions d’euros) et de longue durée.
À Nice, le nouveau directeur sportif Roger Ricort a lui la tâche de réaliser 70 millions d’euros d’économies avant la fin du mercato. Ce, alors que le club est toujours adossé au géant Ineos, qui semble se désintéresser chaque saison un peu plus de son investissement sur la Côte d’Azur.
Une loi censée apporter un ruissellement plus équitable
Déjà en fin de saison dernière, L’Équipe publiait un article qui en disait long sur l’austérité à l’œuvre un peu partout en Ligue 1. Comme au Havre où l’attaché de presse est aussi le speaker ; à Metz où l’on n’en finit plus de repousser le coup de peinture sur les sièges du stade ; à Rennes où la flotte automobile des commerciaux et recruteurs est passée au tout électrique ; ou encore à Lyon où le buffet de la presse n’est plus réservé qu’aux grosses affiches.
À des années-lumière de la situation financière du PSG, qui évolue définitivement dans une autre galaxie par rapport à ses homologues en L1. Il n’y a qu’à observer par exemple simplement la somme totale remportée pour son parcours victorieux en Ligue des champions la saison dernière : 150 millions d’euros. Avec la manne de Qatar Sports Investments (QSI) toujours aussi présente, le PSG reste bien le seul en France à pouvoir s’offrir cet été un joueur contre 50 millions d’euros, en l’occurrence le champion du monde espagnol Ferran Torres.
Malgré tout, dès cette saison, dans le cadre de la loi réformant l’organisation du sport professionnel, les cartes se voient quelque peu rebattues, augurant de jours meilleurs. Par exemple, sur les droits télé, l’écart maximal autorisé de distribution des revenus entre les clubs est désormais abaissé à un facteur 3, contre 5 jusque-là en Ligue 1.
La LFP va elle aussi connaître une cure d’austérité contrainte : des salaires de dirigeants plafonnés, l’interdiction pour eux de toucher un bonus sur des contrats de sponsoring de la Ligue, ou encore la réduction globale des frais de représentation de celle-ci. Pour ces dépenses, parfois exorbitantes, la LFP puisait dans l’enveloppe octroyée par les droits télé et les sponsors, avant de reverser leur part aux clubs. Désormais, cette part d’argent économisée leur reviendra directement.
Une étape importante concerne aussi la création d’une nouvelle société chargée notamment d’exploiter les droits commerciaux de la Ligue 1. Une entité dont les clubs seraient actionnaires, avec un vrai pouvoir de décision, et ce qui favoriserait une gestion plus saine et équilibrée des droits télé. Pour cela, ils doivent se mettre d’accord avec la FFF et la LFP d’ici février 2027. L’avenir financier du football tricolore en dépend.



