Qui soutient encore Gianni Infantino, tout juste lâché par la France ?
La prise de position de la FFF sera-t-elle un clou supplémentaire dans le cercueil de la carrière de Gianni Infantino ou un simple coup d’épée dans l’eau ? Ce jeudi 10 septembre, l’instance dirigeante du football français a officiellement retiré son soutien au président de la Fifa, englué depuis des semaines dans le scandale provoqué par sa tentative de marchandiser encore un peu plus le football mondial.
Si le dirigeant italo-suisse a confirmé, dimanche 6 septembre, qu’il briguerait bien un nouveau mandat, les marques de défiance se succèdent ces derniers jours. Avant la Fédération française de football, la Belgique, la Suède, la Nouvelle-Zélande, la Jordanie ou l’Italie avaient par exemple publié des communiqués expliquant n’avoir aucune intention de donner leur vote à celui qui fut un temps le bras droit de Michel Platini à l’UEFA.
Reste que, si Gianni Infantino vise une nouvelle réélection le 18 mars prochain à Rabat, au Maroc, c’est qu’il est loin d’être ostracisé. Par l’ouverture de la Coupe du monde à des nations qui n’auraient jusqu’alors jamais pu envisager de s’y qualifier, et du fait du soutien financier important qu’il promet à des pays en voie de développement, de nombreuses fédérations lui restent en effet fidèles.
Un homme qui a « changé le football »
C’est le cas du Cameroun de Samuel Eto’o, qui illustre celui des fédérations africaines en général. Celui qui remporta la Ligue des champions à quatre reprises lorsqu’il était l’un des meilleurs attaquants du monde, aujourd’hui patron de sa fédération nationale, est l’une des voix les plus puissantes dans les rangs des soutiens de Gianni Infantino. Avec un argument massue : le football n’appartient pas uniquement aux grandes nations européennes et à leur système économique profitable.
« Il a changé le football, a déclaré l’ancienne gloire de l’Inter Milan et du Barça à CNN. Il a donné des opportunités à des nations qui n’avaient pas eu la possibilité de participer au plus beau des tournois, la Coupe du monde. » Samuel Eto’o évoque ainsi le soutien apporté par la Fifa de Gianni Infantino au développement du football africain, un appui financier notamment. Et de défendre avec acharnement celui qui « n’a rien fait de mal », quitte à frôler le complotisme, expliquant que la polémique n’est arrivée qu’à cause de la tenue prochaine d’élections. Comprendre par des personnes mal intentionnées.
Mi-août, d’autres grands bénéficiaires de la présidence Infantino ont également volé à son secours. Six présidents de fédérations arabes ont publié un communiqué commun pour exprimer leur « soutien total à monsieur Gianni Infantino », évoquant là encore « son engagement continu pour le développement du football partout dans le monde ». Parmi les signataires : le Qatar, organisateur du Mondial 2022, et le Maroc, qui accueillera une partie de la Coupe du monde 2030.
Des pays gâtés et reconnaissants
Or, c’est bien là le souci que devront régler ceux qui veulent voir chuter Gianni Infantino : comment faire changer de pied ceux qu’il a tant gâtés ? Parmi les premiers pays à prendre position en faveur du dirigeant malmené, on retrouve le Paraguay et l’Argentine, soit deux pays à qui il a attribué l’organisation de matches inauguraux du prochain Mondial, ou le Mexique, qui a eu droit à 13 matches de la Coupe du monde 2026, dont celui d’ouverture. Ce dernier pays a d’ailleurs largement fragilisé le camp des opposants à Infantino, puisque se positionnant à l’encontre de la Concacaf, la confédération régionale à laquelle il appartient.
Car, en coulisses, depuis que l’UEFA, la Concacaf donc et l’AFC (qui représente les fédérations asiatiques) ont dénoncé le fonctionnement de la Fifa, le front commun s’effrite. En Asie par exemple, le Qatar évoqué plus haut, mais aussi les Émirats arabes unis et le Liban pour ne citer qu’eux, ont dénoncé le communiqué émis en leur nom, apportant leur soutien à Gianni Infantino.
Un homme qui tente de récupérer, une à une, les voix qui semblaient acquises à ses détracteurs. C’est en ce sens, a révélé en premier le Guardian, qu’il a installé Gelson Fernandes, un ancien milieu de terrain passé par Rennes et Saint-Étienne, comme représentant des Caraïbes au sein de la Concacaf. La confédération qui chapeaute le football en Amérique centrale, du Nord et donc dans les îles de l’Atlantique, fait partie des grands opposants à Infantino.
Son président canadien, Victor Montagliani, fait quant à lui figure d’adversaire possible pour l’élection de mars. Mais l’instance est donc désormais noyautée par un grand loyaliste du patron de la Fifa. Tout sauf négligeable quand on considère que les îles caribéennes disposent de 21 des 35 voix de la Concacaf. Et que, pour l’élection du président de la Fifa, chaque vote se vaut, que l’on représente les deux millions de licenciés français ou les 150 000 habitants de Curaçao.
Impossible dès lors de se lancer dans des comptes d’apothicaire et d’imaginer la future élection comme une simple addition de voix des différentes organisations continentales et régionales. Que l’on soit pour ou contre Gianni Infantino, c’est au cas par cas, pays par pays, que tout se jouera. Avec un défi de taille pour les anti : ils n’ont toujours pas de candidat à opposer au juriste suisse. Qui, lui, fait ardemment campagne tout en continuant à placer ses pions depuis son trône, au sommet du football mondial.



