Carburant, Gaza et surtout LFI… Ces sujets qui ont fait monter la température du débat de la primaire PS
Un débat trop lisse au départ… qui a fini par s’électriser. Pour leur première confrontation télévisée, ce mercredi 24 septembre sur LCI, les cinq candidats à la primaire du Parti socialiste et de Place publique se sont plutôt épargnés sur le fond. Le ton a été plutôt courtois, les arguments de bonne tenue et les points de convergence, nombreux. Jusqu’à ce qu’arrive la question du rapport à La France insoumise en fin de soirée. D’un coup, la température est montée.
Olivier Faure et Ségolène Royal d’un côté, Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann de l’autre se sont vigoureusement opposés. Faut-il faire alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon aux prochaines élections législatives ? La question n’a laissé personne indifférent. « Tu me laisses parler ! Tu arrêtes de m’interrompre ! », s’est même agacé le candidat de Place publique face au Premier secrétaire du PS. « Jean-Luc Mélenchon brutalise le débat public, il clive en permanence. Il faut être clair et net. Aucune alliance. Jamais », a exprimé Raphaël Glucksmann.
À l’inverse, Olivier Faure a estimé que « le danger vient d’abord de l’extrême droite ». « Nous aurons besoin dans l’hémicycle de retrouver les forces de gauche. Nous votons à 80 % avec La France insoumise, nous aurons besoin de ces convergences », a-t-il défendu, convaincu « qu’il n’y a pas de gauche irréconciliable ». Les mots les plus durs sont venus de Jérôme Guedj, notoirement opposé au mouvement de gauche radicale.
« Nous avons désaccord majeur sur ce sujet », a-t-il concédé, reprochant à Olivier Faure et Ségolène Royal « une complaisance » à l’égard de Jean-Luc Mélenchon. « Vous vous glissez dans la soumission à LFI », leur a-t-il lancé. Ce qui a provoqué la colère de l’ancienne ministre de l’Environnement, pour qui il faut parler à tous les électeurs. « Ça suffit ! C’est n’importe quoi, je ne suis soumise à personne », a-t-elle répliqué, agacée par l’emploi d’un terme peu gracieux à l’égard d’une femme.
Selon elle, il ne faut « pas ostraciser tel ou tel parti ». Elle a surtout fait de Raphaël Glucksmann, qu’elle avait qualifié de « stagiaire » en politique il y a quelques jours, son principal adversaire dans cette primaire. « Pour être majoritaire, vous allez faire alliance avec les gens de droite. Il ne faut pas tromper les électeurs : on sent déjà des rapprochements », a-t-elle critiqué. L’ex-finaliste de 2007 préfère, elle, nouer une alliance « avec les autres forces de gauche », Écologistes et communistes en tête.
Désaccord autour du mot « génocide »
Ce ne sont donc pas les sujets de fond (pouvoir d’achat, aides à l’Ukraine, lutte contre le réchauffement climatique…) qui ont le plus opposé les candidats, mais bien une nouvelle fois les alliances. Les socialistes semblent, ces dernières années, coincés dans cette interminable discussion, qui a déjà animé nombre de congrès et de bureaux nationaux.
L’autre question sensible de la soirée a été l’utilisation (ou non) du terme de « génocide » pour parler de la situation à Gaza. Là encore, la ligne de démarcation s’est tracée entre Olivier Faure et Ségolène Royal d’un côté, Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann de l’autre. Pour les deux premiers, l’armée israélienne commet un génocide dans l’enclave palestinienne. « On verra face à l’Histoire. Tous ceux qui ne veulent pas parler de génocide, ça a un poids », a estimé Olivier Faure.
Dans une séquence marquante, qui a fait le tour des réseaux sociaux, Ségolène Royal a reproché à Raphaël Glucksmann sa frilosité à employer le terme. « Si les mots sont importants, il faut parler de génocide », lui a-t-elle dit. Ce à quoi le député européen n’a pas su quoi répondre, laissant plusieurs secondes de blanc. Il a fini par se réfugier derrière la Cour pénale internationale, qui privilégie les expressions « crimes de guerre » et « crime contre l’humanité ». « Quand on ne nomme pas les choses, on ajoute au malheur du monde », a alors répliqué Olivier Faure. « Bien sûr », a alors chuchoté Ségolène Royal.
« Finir sur une mauvaise note »
L’ancienne ministre a fait se dresser contre elle Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj, qui lui ont reproché d’appeler les Juifs à se désolidariser des actes de Benjamin Netanyahu. « Un Français juif n’a rien à voir avec Netanyahu », lui a répondu le député européen, pour qui « un père qui marche dans la rue avec ses enfants ne peut pas se faire traiter de génocidaire juste parce qu’il porte une kippa ».
L’une des séquences de la soirée a porté sur le pouvoir d’achat et les aides à apporter aux automobilistes confrontés à la flambée des prix du carburant. Ségolène Royal a été la seule à proposer la baisse de la TVA « comme en Espagne », Raphaël Glucksmann privilégiant, lui, des aides ciblées aux Français les plus modestes, via le triplement des chèques actuels. Pour ne pas, a-t-il dit, que « les bourgeois qui partent en week-end » perçoivent ces aides.
En toute fin de débat, voyant l’ambiance nettement se dégrader, Emmanuel Maurel a eu une pointe de désarroi : « Il ne faut pas que ça finisse sur une mauvaise note… ». Le prochain débat de la primaire a lieu le 1er octobre sur France 2.



