On a lu « Le champs de roses », dernier opus de la saga mythique de Philip Pullman
Dans la famille des sagas fantastiques pour adolescents devenues cultes, il y a Harry Potter, Les Chroniques de Narnia, Eragon, Hunger Games, mais aussi et surtout À la croisée des mondes de Philip Pullman. Ce jeudi, celles et ceux qui étaient tombés amoureux de Lyra et Pan en 1995 vont pouvoir découvrir la fin de leur chemin : Le Champ de roses, 6e opus qui achève la Trilogie de la Poussière. On l’a lu. On sait, on a beaucoup de chance.
Avant toute chose, il est probablement essentiel d’avoir en mémoire les évènements qui se sont passés dans le précédent livre La Communauté des esprits (a minima), au risque d’être sinon complètement paumé. Si vous avez besoin d’un petit résumé de sécurité, Gallimard Jeunesse y a pensé. En revanche, si vous ne savez plus ce qu’est un aléthiomètre, la Poussière ou un daemon, ça risque d’être compliqué. Même si vous avez vu la série HBO Max.
Le champ de roses reprend exactement là où le précédent roman nous avait laissés : au beau milieu du désert. Lyra est en compagnie de Ionides et poursuit son périple en direction du mystérieux bâtiment rouge d’où proviennent les roses. Malcolm est sur ses traces accompagné de son daemon Asta, tentant de rassembler un maximum d’informations pour l’agence Oakley Street tout en échappant aux espions du Magisterium. Le leader de celui-ci, Marcel Delamare, poursuit sa conquête du pouvoir à travers le globe. Olivier Bonneville continue lui son entreprise de vengeance. Pantalaimon, de son côté, recherche encore sans relâche « l’imagination » de son humaine. On retrouve aussi Alice, face à un durcissement du Conseil de Discipline Consistorial.
Par respect pour celles et ceux qui ont passé des nuits blanches à dévorer les aventures de Lyra et Pantalaimon dans le Grand Nord avec Iorek, Will, Serafina Pekkala, Ms Coulter et compagnie, nous ne dévoilerons rien de l’intrigue de ce 6e et dernier livre, ni de son dénouement inévitable. Ce qu’on peut toutefois affirmer, c’est qu’il nous a semblé, à la lecture de celui-ci bien plus qu’à celle de la première trilogie, qu’il n’était pas franchement destiné aux lecteurs « à partir de 11 ans » comme l’indique la maison d’édition.
Une saga humaniste
La surcouche de fantastique, de « magie » et d’aventure est toujours présente : les humains et leur daemon, leur part d’âme avec laquelle ils peuvent communiquer, l’intrigante poussière, les portes vers d’autres mondes, les sorcières, les fantômes, les griffons, les chasses au trésor dans des pays exotiques. Mais elle est moins épaisse et cède largement la place à l’autre aspect principal de la saga de Philip Pullman qui s’est écoulée à plus de 22 millions d’exemplaires : son propos philosophique profondément humaniste.
Ici plus que jamais, les protagonistes sont confrontés à des dilemmes moraux, à des questionnements d’ordre ésotérique. De plus, les villes et épreuves que traversent les personnages sont bien moins « fantastiques » qu’auparavant et ressemblent à s’y méprendre à notre réalité. Certains passages du roman font directement écho à des évènement survenus dans notre monde à nous.
Pullman floute la frontière entre le réel de Lyra et le nôtre, pour nous interpeller. Difficile de ne pas entendre la sonnette d’alarme en suivant les exactions de la police secrète, le durcissement des groupes fanatiques religieux, le totalitarisme politique imposé par le Magisterium, ou encore les dangers de certaines pensées dogmatiques influentes.
Le plaidoyer de Philip Pullman
Pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre ce que représente la quête « annexe » de Pantalaimon. Même chose en ce qui concerne le lien distendu entre Lyra et son daemon, et la lente plongée de la jeune femme vers un rationalisme buté. Cela vient illustrer ce que Pullman a souvent déploré : une disparition palpable de l’imagination à partir de l’âge adulte qui mène inexorablement à une perte de sens et à un déclin de la capacité à réfléchir et analyser.
Dans chaque chapitre, plus que jamais, l’écrivain britannique fait le plaidoyer du libre arbitre, souligne l’importance de la spiritualité au sens premier et de l’absolue nécessité d’entretenir les arts à travers l’imagination.
Cet épilogue ne séduira pas tous les fans de la première heure, surtout ceux qui s’attendent à retrouver avec nostalgie la sensation d’évasion presque magique que leur avait procuré la première trilogie. Il est moins digeste, parfois ardu. Mais Lyra a grandi, et force est de constater que nous, lecteurs, aussi.
Après 31 ans, des milliers de pages dévorées et beaucoup de larmes versées, nous avons donc dit adieu, non sans tristesse, à Lyra et Pan. Mais si la saga de Philip Pullman nous a appris quelque chose, c’est que lorsqu’on termine un roman, on peut en commencer un autre.


