Culture

10 ans après l’attentat à « Charlie Hebdo », les proches de Charb demandent son entrée au Panthéon

CULTURE – Alors que la panthéonisation de l’ancien ministre de la Justice Robert Badinter approche à grand pas, la famille d’une autre personnalité française se fait entendre. Dans les pages du journal satirique Charlie Hebdo, qui paraîtra ce mercredi 8 octobre, la rédaction et les parents du dessinateur Charb demandent que l’artiste tué dans l’attaque jihadiste du 7 janvier 2015 entre au Panthéon. Dix ans après sa tragique disparition.

« Charb coche toutes les cases pour s’y retrouver » et ses « valeurs » étaient « exactement celles de notre démocratie », défend à ce titre Riss, qui a succédé à Charb à la tête de Charlie Hebdo, dans son édito consulté par l’AFP ce mardi 7 octobre.

Il est « un journaliste exécuté pour ses opinions par des terroristes sur le territoire national » et l’idée d’une panthéonisation n’est ainsi « pas si conne que cela », appuie-t-il. Cette demande se retrouve d’ailleurs sur la une du journal, comme on peut le voir sur la manchette rouge en haut à gauche de cette une de l’hebdomadaire satyrique fondé en 1970.

Interrogé sur le sujet par l’AFP, Riss va encore plus en estimant que Charb aurait été le premier à refuser cette consécration française. Il n’est pas question « d’une récompense ou d’un honneur », mais de « valeurs » qu’il représente, estime-t-il. Selon lui, « quelle que soit l’issue de cette demande, l’intérêt est aussi d’entretenir, de réveiller la réflexion autour des valeurs de Charb et du journal ».

Dans son édito, celui qui avait été grièvement blessé lors de cet attentat ajoute qu’une telle décision « graverait dans le marbre de notre République l’attachement viscéral du peuple français à la liberté d’expression ».

« Cet acte fort et fédérateur » serait aussi une manière d’« ancrer définitivement cet événement dans l’histoire du pays, par un acte fort et fédérateur », ajoutent de leur côté les parents et le frère du dessinateur Charb dans leur requête au président de la République, également publiée par Charlie Hebdo mercredi. Outre la liberté d’expression, ils évoquent « l’antiracisme », « la justice sociale » et « la laïcité », « valeurs éminemment républicaines pour lesquelles Charb s’est battu toute sa vie et qui rassemblent la très grande majorité des Français de toutes opinions et de toutes confessions ».

20 ans après les caricatures de Mahomet

Cette demande, quelques jours avant la panthéonisation du père de l’abolition de la peine de mort en France, ne doit rien au hasard. Car elle intervient à l’occasion des vingt ans de la publication de 12 caricatures de Mahomet dans le quotidien danois Jyllands-Posten, à l’origine de violentes manifestations dans certains pays musulmans.

Ces dessins avaient été repris en 2006 par l’hebdomadaire français, en faisant une cible des jihadistes. Notamment ce fameux 7 janvier 2015, lors de l’attentat qui avait fait douze morts dans la rédaction parisienne du journal. Parmi les victimes se trouvaient également les dessinateurs et caricaturistes de renom Cabu et Wolinski.

Ces fameuses caricatures, republiées à plusieurs reprises, seront d’ailleurs reproduites dans l’édition de mercredi, pour marquer « l’anniversaire d’une manipulation internationale », titre Charlie Hebdo. « Cette publication (en 2005-2006) ainsi que l’attentat du 7 janvier 2015 furent des événements considérables. Aujourd’hui, ils sont devenus des faits historiques » et des rues, des places portent des noms des victimes, constate Riss, qui a avancé cette idée de panthéonisation auprès de la famille de son ami, mort à l’âge de 47 ans. Derrière cette idée, Riss défend aussi la panthéonisation d’un « contemporain ». « Ce n’est pas aberrant de faire rentrer au Panthéon quelqu’un de cette génération. »