Avec « Running Man », Edgar Wright dynamise (et dynamite) le roman dystopique de Stephen King
CINÉMA – Lors d’une année 2025 où Stephen King aura sans doute été l’auteur américain le plus adapté à l’écran et − paradoxalement − le plus censuré sur le sol américain, l’adaptation par Edgar Wright de son Running Man tombe à point nommé. Et pour cause, le livre du maître de l’épouvante publié en 1982 se déroule en l’an 2025. Et le hasard fait bien les choses, il fait écho aux situations politique, environnementale et sociétale des États-Unis de Donald Trump.
S’attaquer à une nouvelle adaptation de Running Man en 2025 avait donc tout du piège pour le réalisateur britannique au style et au ton si singuliers (Hot Fuzz, Baby Driver). Surtout après celle − datée et surtout ratée − de Paul Michael Glaser avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Ben Richards.
Pourtant, pas de quoi effrayer Edgar Wright, qui signe avec ce huitième long-métrage en salle ce mercredi 19 novembre un solide divertissement, jubilatoire et nerveux en plus d’être éminemment politique. Une œuvre habile qui réinvestit les pensées de King sur une société désabusée, sans perspective et où les écrans inondent le quotidien de chacun. Et c’était pourtant loin d’être acquis.
Fidèle adaptation de King
Étrangement, les bandes-annonces laissaient entrevoir un film bien plus fun et léger que le livre de Stephen King. Nos craintes ont été rapidement balayées, car la noirceur rattrape le spectateur dès les premières minutes. Le personnage de Ben incarné par Glen Powell (Hit Man, Top Gun : Maverick, Twisters) y est pour beaucoup. Aussi « badass » que grossier et désespéré, ce rôle lui va à merveille et l’acteur américain brille par son irrévérence, déjà marquante à l’intérieur du roman. Cette attention aux détails du livre, qui rendait l’univers dépeint par King aussi réaliste que poisseux, offre une version bien plus fidèle que prévu et c’est tant mieux.
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Dans Running Man, porté par un Glen Powell en totale maîtrise, l’action se déroule dans une Amérique dystopique totalitaire, où la pollution et le corporatisme étouffent toute la société. À Co-Op City, on suit Ben Richards, père de famille au chômage et désespérément en recherche d’argent pour le traitement de sa jeune fille malade. Prêt à tout pour l’avenir de sa famille, il prend la lourde décision de participer au jeu télévisé Running Man. Une chasse à l’homme filmée dont les règles sont simples : survivre 30 jours sans se faire tuer pour remporter jusqu’à un milliard de dollars, tout en n’oubliant jamais d’envoyer deux vidéos quotidiennes, sous peine de voire sa cagnotte s’arrêter.
Au plus près de la traque
Que ce soit dans Hot Fuzz, Scott Pilgrim ou Baby Driver, l’importance accordée au son et au montage ont fait d’Edgar Wright un cinéaste à part à Hollywood. Ces qualités se retrouvent encore dans Running Man, doté d’un rythme haletant, sans véritable temps mort. Ce qui en fait d’ailleurs un très bel hommage au roman de King, chapitré par un compte à rebours aussi stressant qu’inéluctable pour rendre compte de la spirale infernale dans laquelle s’est enfermé Ben Richards. Ce rythme effréné peut parfois paraître éreintant, voire frustrant dans son dernier tiers tant les choses s’accélèrent. Mais on chipote.
Le film mise aussi sur une action débridée et survoltée, qui évite l’écueil du gore, tout en restant fidèle aux mises à mort et autres blessures marquantes décrites par King. Cette immersion ultra-dynamique est renforcée par l’utilisation de toute une panoplie de matériel technologique propre à la traque (télésurveillance, drones, retransmission télé et autre caméra utilisée par Ben pour se filmer lui-même), qui colle toujours l’objectif au plus près Glen Powell. Que ce soit dans les scènes d’action ou au gré de ses rencontres.
Sa fuite à travers les États-Unis offre par ailleurs une galerie de personnages mémorables. Mention spéciale à Michael Cera. Parfait en petit révolutionnaire contrarié par le lavage de cerveau subi par sa mère, qui vit scotchée devant le Libertel ; cet écran de télévision présent dans tous les foyers et diffusant toutes sortes d’émissions et jeux télévisés violents.
Enfin, il faut reconnaître à Edgar Wright une autre qualité : il tente des choses. En offrant par exemple une surcouche finale d’optimisme au récit original, qui était bien plus abrupt dans sa conclusion. Jouissif et explosif, Running Man a donc tout pour séduire. Le film rappelle par certains aspects Die Hard, qui osait en 1988 un savant mélange d’action débridée et de répliques cinglantes lâchées par un héros en décalage avec les stéréotypes du genre. De là à parler de digne successeur, il n’y a qu’un pas… qu’on ne franchira pas.



