Culture

Ce très beau film d’amour parle d’homoparentalité mais surtout de devenir parent

SORTIE CINÉMA – C’est un film lumineux, qui donne envie de tomber amoureux. C’est aussi un film important, qui peut faire changer les mentalités. Des preuves d’amour, réalisé par Alice Douard, est sorti mercredi 19 novembre au cinéma. On a été profondément touché par cette belle histoire d’amour et de maternité LGBT.

Céline (Ella Rumpf) attend son premier enfant, mais elle n’est pas enceinte. C’est sa femme, Nadia (Monia Chokri), qui donnera naissance à leur fille, conçue par PMA, dans quelques mois. Pour être reconnue comme mère aux yeux de la loi, Céline va devoir prouver sa légitimité, tout en apprenant à trouver sa place.

Alice Douard s’est inspirée de sa propre vie : elle-même maman d’une petite fille qu’elle n’a pas portée, la réalisatrice française de 40 ans dit avoir « manqué d’images » auxquelles s’identifier. Elle écrit alors un court-métrage sur le sujet, L’Attente, récompensé du César du meilleur court métrage de fiction en 2024, puis décide d’en faire son premier long-métrage.

Des preuves d’amour apporte une représentation nécessaire, et bien trop rare, de la maternité dans un couple lesbien, tout en s’émancipant du genre dramatique qui caractérise souvent les films LGBT. « L’idée, c’était de pouvoir créer un modèle avec une vision positive. Je l’ai construit comme le film d’après, qui pourrait inspirer et rassurer aussi », confie Alice Douard au HuffPost.

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L’histoire se déroule à Paris en 2014, juste après l’adoption de la loi Taubira dite du « mariage pour tous ». En plus d’autoriser l’union des couples de même sexe, elle ouvre aussi le droit à l’adoption. Mais derrière cette grande victoire, des difficultés administratives persistent.

Céline et Nadia ont dû aller au Danemark pour la PMA, puis se marier et payer une avocate afin de mettre toutes leurs chances de côté. Et surtout, pour que Céline puisse adopter leur fille, le couple doit réunir quinze témoignages attestant de leur amour et de la place de Céline dans la vie de l’enfant à venir.

Devenir mère(s)

Un parcours du combattant dont on n’a peu parlé après l’adoption de la loi, et qu’Alice Douard illustre avec réalisme dans son film, après l’avoir vécu. « J’ai l’impression qu’on ne connaît pas cette partie de l’histoire. Ce moment-là était une joie immense, parce qu’on pouvait faire famille légalement, et en même temps ce n’était pas si facile », nous dit la réalisatrice.

Pendant que Nadia vit sa grossesse, Céline doit composer avec une mère complexe, une pianiste de renom jouée par Noémie Lvovsky, mais doit aussi s’atteller à demander à ses proches de témoigner. Elle ne porte pas leur fille dans son ventre, mais porte sur ses épaules la crainte de ne pas avoir de droit sur elle pendant des mois voire des années après sa naissance. L’actrice Ella Rumpf est magnétique dans ce rôle tout en sensibilité, parfois sans rien dire.

Depuis 2021, les choses ont heureusement changé. La loi bioéthique permet désormais la reconnaissance conjointe anticipée de l’enfant issu d’une PMA pour les couples de femmes. « Mais ça doit être fait dans un cadre spécifique, avant même qu’une grossesse existe. Il y a des couples qui ne le savent pas, ratent le coche et sont donc encore dans ces procédures d’adoption », précise Alice Douard.

Aux difficultés légales se rajoutent les discriminations que subissent aussi bien Céline que Nadia. Elles doivent répondre à la curiosité malsaine et l’ignorance de certains, font l’objet de questions sur leur sexualité qui ne seraient jamais posées à un couple hétéro et sont victimes de réflexions lesbophobes par des inconnus comme par leur famille. Le film aborde ces violences sans les minimiser, mais avec humour, à travers les réactions cash des héroïnes. « Le rire c’est toujours fédérateur. Ce ton un peu humoristique peut rendre le film plus accessible », estime la réalisatrice.

Monia Chokri décomplexe les mères

Car même s’il offre une représentation des couples lesbiens, Des preuves d’amour s’adresse à un public plus large par sa thématique universelle. « Ce que vivent ces familles, c’est à la fois très spécifique et très banal, parce qu’attendre un enfant pour la première fois, ça arrive à beaucoup de gens », rappelle la réalisatrice.

Le film aborde autant la procédure d’adoption que la peur de devenir parent, de ne pas être à la hauteur, de voir sa vie sociale changer, de ne pas savoir comment déplier la poussette ou donner un bain. Comme tous les futurs parents, Céline et Nadia se comparent aux autres, assistent aux ateliers prénatals, se disputent ou font l’amour.

« C’est un film qui dépasse la question du genre et de la niche LGBT » affirme Alice Douard. Les futurs pères peuvent s’identifier à Céline, à ses questionnements sur la manière de trouver sa place sans la connexion physique de la grossesse. Les futures mères se reconnaîtront dans le personnage de Nadia, qui voit son corps changer et ses émotions bouleversées par les hormones, un personnage incarné par Monia Chokri avec beaucoup d’humour et de tendresse.

Enfin, l’alchimie entre Ella Rumpf et Monia Chokri touchera même un public sans désir de parentalité. Des preuves d’amour est une bonne comédie romantique, ni niaise, ni trop facile, et comme le rappellent le titre, et la réalisatrice, « c’est aussi et surtout un film d’amour, et ça c’est universel ».