Ce « truc puissant » qui offre sans cesse de nouvelles adaptations au livre « Les Liaisons dangereuses »
SÉRIES TV – Près de 250 ans après sa publication, le roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos Les Liaisons dangereuses a droit à une nouvelle adaptation. Dans Merteuil, série originale HBO Max, le point de vue adopté est celui d’Isabelle de Merteuil. Diane Kruger, Anamaria Vartolomei, Vincent Lacoste et Lucas Bravo se donnent la réplique dans ce drame qui revisite une nouvelle fois, une œuvre éternelle.
Après le film culte Les Liaisons dangereuses de 1988, Valmont en 1989, Sexe Intentions en 1999, ou encore la série éponyme de 2024, la liste s’allonge. Si le roman polyphonique paru en 1782 fascine aujourd’hui encore au point de faire l’objet d’une nouvelle série télé, ce n’est pas pour rien d’après Bahia Dalens. « Peu de personnes l’ont lu sans en être marquées, alors que c’est très long et parfois ennuyeux. Mais il y a un truc puissant, qui fonctionne toujours. C’est le ménage déstabilisant entre le vice et la vertu », précise au HuffPost cette docteure en littérature.
Pour la professeure, le succès pérenne des Liaisons Dangereuses tient en grande partie à ses personnages hors normes et stéréotypés. « Il y a tout : Valmont est le vice incarné, très arrogant, et il devient fascinant quand il expose ses failles. Merteuil est la grande méchante, mais on comprend ses fêlures et qu’il s’agit de sa stratégie de survie. Volanges et Tourvel sont deux oies blanches, qui traduisent la naïveté face à la violence », énumère-t-elle.
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Le roman de Pierre Choderlos de Laclos est épistolaire. Par le biais de lettres que s’envoient les différents personnages, on découvre les liens qui les unissent, mais aussi les complots qui visent, pour certains, à les détruire. Pour Bahia Dalens, c’est aussi cet aspect du roman qui le rend si intéressant, car les lettres offrent plusieurs niveaux de lecture. « Ils écrivent pour quelqu’un d’autre, donc il y a une question de représentation. On n’a que des facettes, jamais un personnage complet. Cela miroite comme un kaléidoscope de personnages qui se maîtrisent en permanence. Et même lorsque leurs fragilités sont entre-aperçues, on n’est jamais sûrs qu’ils soient sincères », souligne la chercheuse.
Une œuvre hautement adaptable
Cette caractéristique est également très séduisante pour les scénaristes de séries télé. « La multiplicité de narrateurs du format polyphonique est très utile. On peut subdiviser en plusieurs perceptions l’intrigue, donc on peut re-narativiser avec plusieurs points de vue », explicite la docteure en littérature.
Outre les personnages complexes que sont Valmont, Merteuil, Rosemonde, Tourvel ou Gercourt, ce qui les lie les uns aux autres offre également une matière idéale pour une adaptation sur grand ou petit écran. « C’est le combo parfait de manipulation, de sexe mais aussi de violence psychologique, le tout en costumes d’époque, alors pourquoi s’en priver ? » interroge Bahia Dalens.
« Le créneau relation toxique marche bien à l’écran. Et c’est d’ailleurs présent aussi entre les personnages et les spectateurs. Car on tombe sous leur charme malgré leurs traits toxiques très ouverts. C’est très facile de faire des plots twists avec ce bouquin » affirme-t-elle. Un aspect dont pourront se rendre compte les téléspectateurs en visionnant les premiers épisodes de Merteuil sur HBO Max, qui offrent notamment à Vincent Lacoste l’un de ses rôles les plus ambivalents et les plus savoureux.
Pour la chercheuse, les thématiques restent par ailleurs d’actualité malgré les 243 ans qui séparent Merteuil de la sortie des Liaisons Dangereuses. « Ce qui aurait pu poser problème, c’est la représentation des femmes. Mais Laclos avait cette capacité à mettre en perspective le comportement des femmes et leur choix unique entre la sainte et la putain, et de le critiquer. Et ça n’a pas mal vieilli comme ça aurait pu », affirme-t-elle.
La rédemption de la marquise de Merteuil
Quand à ce que cette nouvelle adaptation (libre) a de différent, c’est son héroïne. Pour la docteure en littérature, c’est une évidence. « Je me demandais pourquoi ça n’avait pas été fait avant, pointe Bahia Dalens. Dans la lettre 81, Merteuil explique comment elle en est arrivée là, son rapport à la séduction, aux hommes. Il y avait du pathos un peu monstrueux dans le film avec Glenn Close. Mais jusque-là aucune adaptation n’avait poussé le côté tragique du personnage. »
Merteuil suit la jeune Isabelle (Anamaria Vartolomei) avant et après qu’elle ne prenne le nom de son mari, le marquis de Merteuil. Après avoir été trahie par Valmont (Vincent Lacoste), elle décide de suivre les conseils de la tante de ce dernier Madame de Rosemonde (Diane Kruger) pour se faire une place à la cour de Louis XV, usant pour cela de séduction, de manipulation et de trahison, presque sans état d’âme. « Cette nouvelle série a tout d’un roman d’apprentissage classique du 19e, mais au féminin. Racine disait “Les héros tragiques ne sont ni tout à fait coupables, ni tout à fait innocents”. C’est précisément Merteuil », conclut Bahia Dalens.


