Culture

Grand Prix d’Angoulême 2025, Anouk Ricard explique pourquoi elle boycotte l’édition 2026

LIVRE – Un « choix personnel, réfléchi, en accord avec mes convictions et en soutien aux voix qui demandent un changement nécessaire ». Ces mots, ce sont ceux de l’autrice Anouk Ricard qui, sur Instagram ce mardi 14 octobre, a pris la parole pour annoncer son boycott du prochain Festival de la BD d’Angoulême, en janvier 2026.

« Être élue Grand Prix d’Angoulême par mes pair.es, les auteur.ices de bandes dessinées est un immense honneur. C’est la plus belle des reconnaissances pour moi », commence l’illustratrice, récompensée l’an passé pour son roman graphique Animan, paru aux éditions Exemplaire en septembre 2022.

« Mais dans le contexte actuel, autour de l’organisation du festival, j’ai pris la décision de ne pas participer à l’édition 2026 ni à l’exposition qui devait m’être consacrée (comme le veut la tradition, ndlr) », continue-t-elle, avant de souhaiter voir émerger « un festival plus respectueux et à l’écoute de toutes les voix ».

Les mots d’Anouk Ricard – figure majeure de la bande dessinée au style faussement naïf – nous parviennent alors que la société 9eArt +, responsable de l’organisation du festival, est vivement critiquée, notamment pour son manque de transparence, les conditions de management, l’instabilité de la direction artistique ou encore le licenciement en 2024 d’une salariée après sa plainte pour viol, comme l’avait révélé en janvier une enquête de L’Humanité.

9eArt + sous le feu des critiques

Au mois d’avril dernier, plusieurs centaines d’auteurs ont signé une pétition pour appeler à « déserter Angoulême », réclamant par là même l’ouverture à la concurrence de l’organisation du festival, après des craintes d’une reconduction tacite du contrat qui lie jusqu’en 2027 l’association propriétaire présidée par Delphine Groux à 9eArt +.

En juillet, cette dernière a confirmé le retrait de son directeur en 2028, mais a toutefois assuré qu’elle n’écartait pas de répondre à l’appel d’offres pour rester à la barre. « Madame Groux, écrit Anouk Ricard dans une seconde publication, a ainsi balayé l’idée de désigner une personnalité qualifiée au sein du quorum qui nommera le nouveau prestataire. »

D’après elle, « il est clair que cet appel est biaisé depuis le départ, le choix du nouveau prestataire semble avoir été fait depuis longtemps : 9eArt +. Une société qui n’hésite pas à afficher son mépris à l’égard des auteur.ices et que, de fait, nous ne souhaitons pas voir reconduite pour neuf ans à la tête du festival. »

Plus de 2 250 signatures

Ce à quoi elle aspire ? Une refonte de l’accessibilité au grand public, au gré notamment de tarifs d’entrée abordables, la gratuité pour les festivaliers en difficulté ou des réductions spécifiques pour les habitants d’Angoulême. Et donc, « de proposer davantage d’échanges avec le bassin de population locale et le tissu associatif », affirme la dessinatrice.

L’autrice de 54 ans n’appelle pas seulement à faire de l’événement une « safe place » inclusive et sûre pour toutes et tous, mais aussi un lieu soucieux de refléter la diversité de la création et de respecter les auteurs et autrices, aussi bien dans leurs interventions que dans leurs rémunérations.

« Répétons-le et d’une seule voix : l’appel au boycott reste d’actualité, et nous invitons celles et ceux qui voudraient mener des actions à nous rejoindre », conclut Anouk Ricard. Un appel susceptible de n’être qu’un « aimable prélude » aux annulations à prévoir, d’après Télérama. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la pétition lancée au printemps compte en effet plus de 2 250 signatures. Parmi elles, des librairies, des éditeurs, mais aussi des figures de la bande dessinée, dont Fabcaro ou Amélie Fléchais, lauréate du Fauve Jeunesse à Angoulême en 2022.