La nouvelle chanson de Paul McCartney n’a ni paroles ni mélodie, et ce n’est pas anodin
MUSIQUE – Comment copier une musique si elle n’a aucune identité ? C’est la manière trouvée par Paul McCartney et un collectif d’artistes pour manifester leur opposition à l’utilisation abusive de l’intelligence artificielle dans la musique. Au sein de l’album Is This What We Want ?, l’ancien membre des Beatles ainsi que Sam Fender, Kate Bush ou encore Hans Zimmer ont enregistré plusieurs morceaux dénonçant les nouvelles politiques de droits d’auteur vis-à-vis de l’IA en Grande-Bretagne.
En 2 minutes et 45 secondes, on ne perçoit aucune mélodie, aucune parole, uniquement un léger sifflement accompagné de quelques cliquetis parsemés. Premier morceau inédit de l’artiste britannique depuis cinq ans, ce titre ne fera pas soulever les foules à Wembley, mais aura le mérite d’afficher un message clair, le silence des artistes face aux IA génératives.
Un morceau qui fait écho à des propos tenus par l’artiste en décembre 2024 sur ses craintes vis-à-vis de l’utilisation de l’IA dans le domaine musical, rapporte le Guardian : « Il faut faire attention, car l’intelligence artificielle pourrait prendre le dessus, et nous ne voulons pas que cela arrive, surtout pour les jeunes compositeurs et auteurs pour qui c’est peut-être leur seul moyen de faire carrière », confiait-il. « Si l’IA anéantit tout cela, ce serait vraiment très triste. »
Cette contribution de Paul McCartney, actuellement en tournée en Amérique du Nord, apparaît comme titre bonus au sein du vinyle collaboratif Is This What We Want ? qui sera commercialisé prochainement. En plus de l’artiste britannique, de nombreux musiciens ont contribué pour inciter le gouvernement britannique à interdire aux entreprises technologiques d’entraîner des modèles d’IA sur leurs œuvres, et ce sans autorisation ni versement de droits d’auteur.
La Grande-Bretagne sous pression
Cette démarche intervient alors que la Grande-Bretagne est actuellement en proie à un dilemme. Mis sous pression par les États-Unis et l’administration Trump, le Royaume-Uni se retrouve confronté à la difficulté de concilier les intérêts des industries créatives face à ceux des entreprises technologiques américaines, qui ont récemment annoncé des investissements importants.
En ce sens, le Parlement anglais a lancé une consultation sur la possibilité d’une exception au droit d’auteur britannique pour « l’exploration de textes et de données », incluant l’exigence que les titulaires de droits s’opposent explicitement à l’utilisation de leurs œuvres pour l’entraînement de modèles d’IA. Un texte qui ne sera pas débattu avant 2026. Pour influencer ce vote, l’ensemble des titres de l’album Is This What We Want ? est composé de mots qui forment une phrase limpide : « Le gouvernement britannique ne doit pas légaliser le vol de musique au profit des entreprises d’IA ».


