Pourquoi le nouvel Astérix s’annonce plus mélancolique que de coutume
CULTURE – « Saudade, saudade », chantait Maro, la représentante du Portugal à l’Eurovision 2022. Et la « saudade », c’est aussi le thème de fond du nouvel Asterix qui sort en librairie ce jeudi 23 octobre, dans 19 langues et 25 pays. Astérix en Lusitanie, 41e album du petit Gaulois, se déroule cette fois-ci dans le Portugal antique, en Lusitanie, l’une des rares contrées de l’empire romain qu’il n’avait pas encore explorée.
Accompagné par Obélix et Idéfix, Astérix y part de toute urgence à la demande du Lusitanien Boulquiès pour sauver Mavubès, un petit producteur de garum – la sauce de poisson fermenté – qui est accusé d’avoir empoisonné César et doit être jeté dans la fosse aux lions.
Bagarres, coups fourrés, découverte des spécialités locales, rencontre avec César… Les deux auteurs, le scénariste Fabcaro et le dessinateur Didier Conrad, ont mixé tous les ingrédients traditionnels des aventures des deux Gaulois.
Mettre la « saudade » et le fado en BD
Mais surtout, ils ont saupoudré le tout d’un assaisonnement particulier : « On y a ajouté un truc très spécifique au peuple portugais, la saudade, cette sorte de mélancolie un peu fataliste », explique Fabcaro à l’AFP. Le défi a été d’« en faire un gimmick de comédie revenant régulièrement dans l’album ».
« Saudade », qui est peut-être le plus connu des mots intraduisibles en Français, est un terme portugais qui désigne la profonde nostalgie mêlée de mélancolie que l’on éprouve en pensant à quelqu’un ou à quelque chose que l’on ne reverra jamais. Le fado, un style de musique traditionnelle portugaise, est souvent considéré comme la meilleure illustration de cet état d’esprit. Ce mot est dérivé du latin fatum, « destin » dans un sens fataliste, comme l’explique la « reine du fado » Amalia Rodrigues dans cette archive issue d’une chronique de France Musique, ci-dessous.
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Le fado est également présent dans la nouvelle bande dessinée. D’ailleurs, les Romains perdent toute envie de se battre lorsqu’ils entendent la mélodie mélancolique. De son côté, Obélix est particulièrement désarçonné par la saudade : « J’ai le moral à zéro d’être fou de joie », avoue-t-il.
Un regard « un peu triste » et un « petit sourire »
Pour illustrer la saudade, Didier Conrad applique une recette « simple » : « Je dessine un regard un peu triste couplé à un petit sourire », explique-t-il à l’AFP.
Le Portugal étant devenu une destination touristique prisée, les auteurs ont mis sur la route d’Astérix un couple de retraités de Lutèce (Paris) visitant la Lusitanie à bord d’une « charavane », l’ancêtre du camping-car. « J’avais envie de mettre en scène un couple de Français moyen, typique, qui, à l’étranger, critique tout, mais sans méchanceté », indique Fabcaro.
Leurs récriminations portent notamment sur l’âge du départ à la retraite, « un petit clin d’œil à notre époque, même si j’essaie de ne pas faire allusion à l’actualité car, par définition, elle vieillit vite », ajoute le scénariste.
Le côté « doudou » d’Astérix et Obélix
Comme il est de tradition tous les deux ans, l’album sort deux mois avant Noël, tiré à 5 millions d’exemplaires, dont 2 millions pour la France, la Suisse et le Canada. Au Portugal, un pays où « Astérix est très populaire » selon l’éditeur, le tirage est le double de celui des albums précédents et les auteurs viendront à la rencontre des lecteurs fin octobre.
« Je pense qu’Astérix peut avoir du succès encore longtemps. Il a un côté “doudou” pour les lecteurs. Nos parents l’ont lu et nous l’ont fait lire. Nous, on fait pareil avec nos enfants. Il y a un attachement qui se perpétue », témoigne Fabcaro.
Selon lui, Astérix est « un outil pédagogique incroyable », comme l’avait voulu son cocréateur René Goscinny. « Un enfant de 10 ans qui ne comprend pas un gag ou une allusion, ce n’est pas très grave. Il la comprendra à 15, 20 ou 40 ans… Il existe plusieurs niveaux de lecture. » Il aura ainsi tout le temps d’expérimenter par lui-même la fameuse « saudade ».


