Economia

Le nouveau prix Nobel d’Économie a déjà dit à Zucman tout ce qu’il pense de sa taxe

ÉCONOMIE – En résumé ? Il n’en pense pas beaucoup de bien. Avant d’être couronné d’un prix Nobel d’Économie ce lundi 13 octobre l’économiste français Philippe Aghion n’avait pas été tendre avec Gabriel Zucman. En particulier sur son idée de taxation des ultra-riches, dite taxe Zucman.

Lauréat du prix Nobel au côté de l’Américano-israélien Joel Mokyr et le Canadien Peter Howitt pour leurs travaux complémentaires sur l’impact de l’innovation sur la croissance économique, Philippe Aghion avait croisé le fer (idéologique) avec son confrère le 17 septembre dernier lors du FDDay, le rendez-vous annuel de la tech française organisé par France Digitale.

Invité de dernière minute, l’économiste Gabriel Zucman était venu défendre son idée d’impôt plancher à hauteur de 2 % pour les patrimoines supérieurs à 100 000 000 d’euros. Une idée qui a agité le débat politique des derniers mois. L’idée d’une taxe Zucman étant majoritairement soutenue à gauche et rejetée dans le camp de la majorité présidentielle et à droite.

Lors de cet événement, les deux hommes avaient été réunis. L’occasion pour le futur lauréat du prix Nobel et professeur au Collège de France de tacler sèchement cette proposition de taxe, qui ne doit en théorie impacter que 1 800 contribuables. Pour rapporter plus de 20 milliards d’euros par an.

Débat de fond

« Tu vas transformer la France en prison fiscale », avait alors lancé Philippe Aghion à son homologue, peu convaincu, rapportait alors Challenges. « Le problème de la taxe Zucman, c’est qu’elle introduit l’outil de travail dans l’assiette fiscale, et se base, en plus, sur des valorisations très volatiles ».

À cela, Gabriel Zucman avait répondu au problème des entrepreneurs ne disposant pas de liquidités suffisantes pour s’acquitter d’un tel impôt en prenant l’exemple du patron de Mistral IA, dont l’impôt annuel avec la taxe Zucman avoisinerait les 20 millions d’euros. S’il n’est pas en mesure de payer, l’économiste proposait de payer l’impôt en nature, en apportant des titres de leur entreprise – à charge pour l’État de les conserver ou de les revendre, éventuellement dans le cadre d’un fonds souverain. Lors du FDDay, il avait même soumis l’idée que les entrepreneurs incapables de s’acquitter de cette taxe empruntent.

« Sur les mille huit cents contribuables, il y a quelques dizaines de cas (concernant des entreprises de la tech) où il faudra trouver des modalités. Mais ils ne doivent pas devenir des alibis pour éviter de faire payer les ultra-riches. Ce ne sont pas ces (dizaines de) personnes qui vont payer des masses importantes d’impôts, c’est qui vous savez… Ceux qui ont 50, 100, 150 milliards d’euros », défendait-il face à son aîné.

Mais du côté de Philippe Aghion, sa principale crainte était ailleurs : « Je ne voudrais pas que la France manque la révolution de l’IA parce qu’on découragerait des entrepreneurs qui n’ont encore rien réalisé, et qu’ils soient contraints de vendre à l’État ou à d’autres investisseurs étrangers ». Ce à quoi Gabriel Zucman répondait en proposant d’« interdire la revente à des investisseurs étrangers ».

Pour un « éventuel retour de l’ISF »

« Tu tires une balle dans le pied de la France au moment où elle doit se réveiller », jugeait toutefois Philippe Aghion, toujours pas convaincu. Comme le rapporte Challenges au sujet de ce débat animé − mais toujours courtois −, Philippe Aghion avait proposé ses idées pour la taxation des plus hauts revenus. Comme une « contribution différenciée sur les hauts patrimoines au-delà de 5 milliards d’euros », une « taxation des holdings familiales » et « éventuellement un retour de l’ISF ». (à partir de 25 minutes dans la vidéo ci-dessous)

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En guise de réponse, Gabriel Zucman avait estimé que la taxe portant son nom n’était qu’« une petite réforme », « l’achèvement d’un processus entamé il y a cent ans. C’est aussi le parachèvement d’un processus né en 1789 ». Pas suffisant pour faire plier Philippe Aghion. Ce dernier ayant plutôt invité à investir dans l’innovation pour ne pas se laisser décrocher par la Chine et les États-Unis lors de sa première prise de parole en tant que prix Nobel.

Le lauréat 2025 avait notamment aidé François Hollande en 2012, puis Emmanuel Macron dans l’élaboration de son programme économique pour 2017, avant de critiquer, dans le journal Libération en 2024, « une dérive vers la droite » et un pouvoir trop « vertical » de l’actuel président français.