Economia

Sébastien Lecornu ne veut ni de l’ISF ni de la taxe Zucman

POLITIQUE – Plus de quinze jours après sa nomination à Matignon, Sébastien Lecornu sort (enfin) du silence. Avare de prise de parole publique et très rare dans les médias, le Premier ministre accorde une interview au Parisien ce vendredi 29 septembre. « Je sens un certain décalage entre la vie politico-médiatique parisienne et les intérêts du pays : les bavardages intempestifs sont inutiles », explique-t-il comme pour justifier son relatif retrait.

Le successeur de François Bayrou dévoile dans cet entretien ses premières pistes en matière économique et sociale. Et il écarte d’ores et déjà tout retour de l’ISF, cet impôt sur les grandes fortunes supprimé par Emmanuel Macron en 2017. « Le gouvernement ne l’envisage pas », déclare-t-il.

Dans un contexte budgétaire difficile, l’idée d’une mise à contribution des plus riches est revenue dans le débat public. La taxe Zucman, du nom de l’économiste Gabriel Zucman qui l’a imaginée, est défendue par la gauche, qui y voit une manière de ramener près de 20 milliards d’euros dans les caisses de l’État. Mais Sébastien Lecornu n’y est pas favorable. « Nous avons les taux de prélèvements obligatoires les plus importants de l’OCDE. Faut-il encore augmenter les impôts globalement ? Je ne le veux pas », exprime-t-il, tout en reconnaissant qu’il faut « mieux répartir la charge au sein des impôts actuels ». Comprendre : cela ne passera pas par cette taxe.

« Est-ce que la taxe Zucman est la bonne réponse ? La seule réponse ? Personnellement, je ne le crois pas », défend-il. Plusieurs cadres du « bloc central » se sont pourtant ralliées à l’idée d’un nouvel impôt, y voyant une manière d’amadouer les socialistes et d’ainsi éviter la censure du gouvernement. Mais le Premier ministre dit refuser de « taxer le patrimoine professionnel, et plus particulièrement l’outil de travail (usines, machines, brevets, etc.) », comme prévu par Gabriel Zucman.

Pas de suspension de la réforme des retraites

Il poursuit : « Les impacts en termes d’emploi, d’investissement et de compétitivité ne sont pas suffisamment pris en compte dans ce débat : l’entreprise n’est pas que l’affaire du patron ». Sébastien Lecornu prend toutefois soin de préciser qu’il laissera le Parlement se saisir de la question dans le cadre du budget à l’automne.

Quant à la réforme des retraites, toujours très contestée, qui avait provoqué la colère de millions de salariés dans les rues en 2023, elle ne devrait être ni suspendue ni abrogée. « Ça ne réglerait aucun des problèmes, et je rappelle que la réforme Borne portait des mesures utiles aux salariés », assure le Premier ministre. Contrairement aux demandes des syndicats et de la gauche. Puis : « L’urgence c’est de sortir du “tout ou rien” ». Tout un état d’esprit.