Economia

Tout le monde retient ce qui l’arrange dans cet aveu de Bruno Le Maire sur le déficit

POLITIQUE – « Big time. » Un an après qu’il a quitté le paquebot de Bercy dont il a été le capitaine pendant sept ans, la séquence budgétaire de la rentrée a remis Bruno Le Maire dans la lumière. L’ancien ministre est toujours jugé par l’opposition responsable des 1 000 milliards d’euros de déficit supplémentaire engendré depuis 2017, et c’est d’ailleurs sa nomination aux Armées qui avait déclenché en octobre la chute du gouvernement Lecornu I.

Dans un numéro de C dans l’air diffusé ce dimanche 9 novembre, Bruno Le Maire a tenté de se départir à nouveau des accusations qui lui ont valu dans la bouche de certains le surnom de « l’homme aux 1 000 milliards de dette ». Surtout, il est revenu sur une lettre officielle mais secrète adressée à l’Élysée en avril 2024 et dans laquelle il réclamait des mesures au président pour limiter le déficit. Une missive, dévoilée par l’émission, à laquelle il n’a pas obtenu de réponses concrètes, Emmanuel Macron écartant, à la veille des européennes, un éventuel projet de loi de finance rectificative.

« J’aimerais avoir une réponse à apporter aux Français. Je ne l’ai pas. Je reconnais avec beaucoup d’humilité, nous nous sommes plantés sur les recettes, et plantés big time », répond ainsi Bruno Le Maire alors que la journaliste Caroline Roux lui demande comme la machine de Bercy n’a pas pu anticiper le trou gigantesque dans la raquette en 2024 : 42 milliards d’euros de recettes manquantes.

Chacun voit milliards à sa porte

Une séquence que n’a pas ratée le député insoumis Éric Coquerel. Le président de la commission des Finances de l’Assemblé avait mené l’an passé une enquête parlementaire sur le dérapage des finances publiques. Les deux co-rapporteurs, Éric Ciotti (UDR) et Mathieu Lefèvre (EPR), étant incapables de se mettre d’accord sur une conclusion commune, chacun avait rédigé et présenté son analyse des responsabilités de son côté.

Mais Éric Coquerel voit désormais dans cet aveu de Bruno Le Maire la preuve que c’est bien lui qui avait vu juste, et que « le problème » ce n’est pas les dépenses publiques mais bien « la politique de l’offre » menée par la macronie. Autrement dit, pour l’élu insoumis – qui l’avait expliqué au moment de la sortie du rapport – la relance de l’économie post-Covid a laissé croire aux macronistes que leur politique de l’offre fonctionnait et faisait rentrer des recettes, alors qu’il s’agissait d’une situation exceptionnelle.

De là à dire que Bruno Le Maire lui donne raison ? Éric Coquerel prend des largesses. Dans la séquence, l’ancien patron de Bercy admet qu’il s’est « planté », mais il n’est pas vraiment question de remettre en question la politique macroniste qu’il a incarnée pendant sept ans.

Si Éric Coquerel n’hésite pas à parler ce lundi matin « d’omission d’État », la charge la plus lourde vient des rangs du Rassemblement national, jamais avare pour fustiger « l’amateurisme » des « Mozart de la finance » du gouvernement.

Alors que le député Jean-Philippe Tanguy voit dans les propos de Bruno Le Maire l’aveu d’un mensonge, Marine Le Pen accuse, elle, Emmanuel Macron de « maquillage » des comptes publics avant les élections européennes de 2024. Une accusation qui ressemble à s’y méprendre à la théorie saugrenue portée par son allié Éric Ciotti. Ce dernier avait accusé Emmanuel Macron d’avoir dissous l’Assemblée nationale pour masquer le dérapage des finances publiques. Une hypothèse ne résistant pas vraiment à l’analyse des faits comme l’avait expliqué Le HuffPost ici.

La Macronie monte aussi au créneau

Si la lettre en question s’avère particulièrement gênante pour la présidence, plusieurs membres du gouvernement ont resserré les rangs, ce lundi. Pour défendre Emmanuel Macron, ils ont repris, en partie, les conclusions de Mathieu Lefèvre (désormais ministre délégué de la Transition écologique). Ce dernier avait évoqué lors de la commission d’enquête « une défaillance technique lourde » et une « erreur d’évaluation des recettes (…) imputable aux administrations centrales », alors que le gouvernement « a pris en temps et en heure toutes les mesures de redressement nécessaires ».

Parmi les mesures justement rappelées par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, le gel de 10 milliards de crédits. « Je me souviens au passage des discussions qu’il y a pu avoir à l’Assemblée nationale où tous les groupes confondus ont reproché à Bruno Le Maire, ont reproché au président de la République de faire ces économies-là, alors que c’était pourtant bien nécessaire », a-t-elle ajouté, dans le sillage de Roland Lescure. Au micro de franceinfo, ce lundi, le nouveau patron de Bercy, a lui fustigé les oppositions qui, selon lui, à l’époque, en réclamaient toujours plus de dépenses face à la crise énergétique ou sanitaire.