Une Chinoise condamnée à 11 ans de prison pour la grosse escroquerie aux cryptomnnaies
BITCOIN – Elle se faisait surnommer « déesse de la richesse » et vivait dans le faste après une fraude massive à l’investissement en Chine. Mais Zhimin Qian, alias Yadi Zhang, va poursuivre sa vie derrière les barreaux après sa condamnation ce mardi 11 novembre à 11 ans et 8 mois de prison. Un tribunal de Londres a en effet reconnu cette Chinoise de 47 ans coupable de la plus grosse affaire d’escroquerie aux cryptomonnaies.
Elle est accusée d’avoir coordonné entre 2014 et 2017 une fraude de type Ponzi (qui rémunère les investisseurs grâce aux fonds des nouveaux entrants) via sa société de Tianjin (nord-est de la Chine), flouant plus de 128 000 personnes. Mais cette femme au profil insaisissable, animée par des rêves de grandeur, n’était poursuivie au Royaume-Uni que pour possession et transfert de biens d’origine criminelle, à savoir des bitcoins, des faits pour lesquels elle a plaidé coupable.
Une saisie à 6 milliards de dollars
Après avoir converti une grande partie de l’argent de ses victimes en bitcoins, Qian aurait fui son pays avec des documents falsifiés au début d’une investigation chinoise. Entrée au Royaume-Uni en septembre 2018, elle avait ensuite tenté de blanchir les fonds par l’achat de biens immobiliers, dont un manoir londonien de 23 millions de livres, avec une autre complice, Jian Wen, condamnée en 2024 à six ans et huit mois de prison.
Au terme d’une enquête en collaboration avec la Chine, et grâce à la surveillance policière de son coaccusé malaisien, sa cliente avait finalement été arrêtée à York en avril 2024. De l’argent liquide, de l’or et des cryptomonnaies totalisant 11 millions de livres avaient été saisis.
Avant cette arrestation, la police londonienne avait déjà réalisé ce qu’elle estime être la plus grande saisie crypto de l’histoire : plus de 61 000 bitcoins, soit plus de 6 milliards de dollars au cours actuel. « Il s’agit probablement du plus important procès de ce type, en termes de valeur, impliquant un particulier et non une entreprise », assure à l’AFP William Glover, de Fieldfisher, représentant de victimes dans le volet civil de l’affaire, parallèle à ce procès pénal. Certains clients « ont subi d’énormes pertes personnelles, affectant leurs vies, leurs mariages, fracturant leurs familles et leurs entreprises », avait-il relevé en octobre.
1300 victimes réclament réparation
Selon Jackson Ng, du cabinet Duan & Duan, qui représente d’autres investisseurs, l’accusée « organisait des événements publics, prétendant bénéficier du soutien du gouvernement. Les gens étaient attirés par le bouche-à-oreille ». Les victimes « sont souvent des personnes peu averties en matière de finances », comme « des agriculteurs, bouchers, chauffeurs de taxi ou des femmes au foyer », raconte-t-il à l’AFP.
Parmi les placements proposés, il rapporte la promesse d’un rendement quotidien de 10 livres, doublé tous les six mois pendant trente mois, pour 6000 livres d’investissement initial. Il évoque aussi un couple d’employés de bureau quarantenaires du Shanxi (nord), qui ont perdu des centaines de milliers de livres économisés pour leur retraite et leur fille – qui a aujourd’hui rompu tout contact – « après avoir assisté à une présentation publique en 2016 ».
En plaidant coupable, Zhimin Qian espère « rassurer » les victimes, avait expliqué son avocat en septembre, soulignant que « la forte hausse de la valeur des cryptomonnaies » permettra de « couvrir leurs pertes ». Le bitcoin, qui valait environ 3 600 dollars fin 2018, évolue actuellement autour de 100 000 dollars.
Un dispositif de remboursement des victimes des autorités britanniques fait l’objet de débats au civil devant la Haute Cour de Londres, où plus de 1300 victimes présumées se sont manifestées.


