Politique

À cause de la crise politique, la défiance vis-à-vis des politiques gagne (encore) du terrain

POLITIQUE – Les chiffres sont dévastateurs pour la classe politique. On savait la confiance entre les citoyens et leurs représentants bien entamée, mais l’enquête annuelle d’Ipsos pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès, le Cevipof et l’Institut Montaigne publiée ce lundi 20 octobre montre qu’elle atteint désormais des niveaux stratosphériques. Ainsi, 87 % des personnes interrogées pensent que les hommes et les femmes politiques agissent principalement pour leurs intérêts. Un chiffre en hausse de 16 points par rapport à 2022.

« Les Français estiment de plus en plus massivement que le personnel politique ne les représente plus », note l’institut de sondages, pour qui « la défiance envers les dirigeants politiques progresse nettement ». La dernière édition du baromètre était sortie en décembre 2024, déjà à une période marquée par l’instabilité puisque le gouvernement de Michel Barnier était alors en passe d’être renversé par l’Assemblée nationale.

Un an plus tard, l’incertitude est toujours la même. Pour 81 % des Français, le système démocratique fonctionne mal. La même part considère que ses idées ne sont pas représentées. Un chiffre en hausse de 13 points par rapport à 2022. À noter que les sympathisants Renaissance sont désormais les seuls à juger majoritairement que le système démocratique fonctionne.

La démission de Macron réclamée par une majorité

Alors qu’Emmanuel Macron est critiqué de toutes parts, notamment en raison de la dissolution ratée de juin 2024 et de son refus ensuite de nommer la force arrivée en tête, 78 % des Français n’ont pas confiance en lui. Le Président concentre tous les reproches et accuse la plus lourde chute. 58 % des personnes interrogées souhaitent sa démission, contre 52 % en 2024. S’il se consacre quasi-exclusivement à la politique étrangère depuis plus d’un an (Gaza, Ukraine, États-Unis…), Emmanuel Macron n’inspire pas la confiance de près de deux tiers de sondés (65 %) pour protéger le pays des risques de guerre.

De manière générale, les Français ne croient plus dans les partis politiques (90 % disent ne pas avoir confiance), dans leurs députés (80 %) et dans l’Union européenne (60 %). Un rejet massif que l’on retrouve surtout chez les sympathisants d’extrême droite. Parmi ceux qui se disent proches du RN, seuls 11 % ont confiance dans l’Assemblée nationale et 6 % dans le Président de la République. À La France insoumise, c’est 25 % en l’Assemblée nationale et 19 % dans le Président de la République.

Les maires plus favorablement perçus

Fait notable : la perception d’une corruption généralisée en politique est à son plus haut niveau depuis 2017, année d’élection d’Emmanuel Macron, qui était entré à l’Élysée sur des promesses de renouvellement et de transparence. 66 % des Français jugent que la plupart des élus sont corrompus.

À cinq mois des élections municipales, il n’y a que les maires qui sont plutôt favorablement perçus. Par-delà les désaccords partisans et les profils sociologiques, 68 % des personnes interrogées déclarent faire confiance à leur maire. Dans le détail, ce sont les sympathisants LR (85 %) et PS (83 %) qui accordent le plus leur confiance. Pas étonnant au regard de l’implantation locale de ces deux partis historiques.

Sur le fond, les préoccupations liées au pouvoir d’achat écrasent tout le reste, à 36 %, loin devant la délinquance et l’immigration, toutes deux à 22 %. Bref, ce panorama sur « les fractures françaises » offre bien des leçons à une classe politique qui ne sait plus très bien où elle va.