Aux municipales, La France insoumise part à l’assaut de nombreuses villes gérées par la gauche
POLITIQUE – À gauche, la bataille des municipales est déjà bien lancée. L’annonce d’un meeting à Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 26 novembre a ravivé l’animosité entre les différents partis. C’est surtout la venue de Rima Hassan et de Manuel Bompard, deux cadres parmi les plus en vue de La France insoumise, qui a cristallisé les tensions.
Montreuil étant l’une des villes les plus à gauche de France, de celles où Jean-Luc Mélenchon réunissait à lui seul plus de 55 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2022, le PCF voit d’un mauvais œil la venue de ces deux figures. Dès la publication d’un visuel annonçant l’évènement, des militants communistes sont montés au créneau. « Pitoyable et irresponsable », peste l’une. « C’est une honte », s’agace une autre.
Le cas de Montreuil illustre la colère des partis de gauche à voir La France insoumise tenter de leur disputer un certain nombre de leurs bastions, en y déployant des moyens jugés disproportionnés par rapport à des villes tenues par la droite ou l’extrême droite.
Ainsi, le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon louche sur Montpellier, Marseille, Lille, Lyon, Paris, Bordeaux, mais aussi sur Saint-Denis, La Courneuve, Saint-Ouen, des communes de la « banlieue rouge » parisienne, souvent dirigées par la gauche depuis des décennies. Des propos du député LFI Aly Diouara ont contribué à jeter de l’huile sur le feu. Dans un tweet, il a dit vouloir mettre fin à « trente ans de gestion socialo-communiste ». Problème, sur la forme, relevé par ses détracteurs : Jean-Marie Le Pen était coutumier de cette formule. Et sur le fond, beaucoup s’interrogent : l’objectif principal de La France insoumise est-il de s’attaquer aux mairies de gauche ?
« On a tendance à présenter La France insoumise comme le vilain petit canard. En 2022, j’ai proposé aux autres formations de gauche de se mettre d’accord sur européennes, sénatoriales, municipales, présidentielle. Au moins tout le monde s’y retrouvait. Mais ça m’a été refusé. L’union, ça ne peut pas être toujours les insoumis derrière », a justifié le coordinateur du mouvement Manuel Bompard dans l’émission Twitch de l’Humanité le 29 octobre.
« Personne n’est propriétaire d’une commune »
Interrogé sur l’exemple de Montreuil, où le maire PCF Patrice Bessac est candidat à sa succession, le député LFI Éric Coquerel assume sur LCP. « Il n’y a aucun risque de droite ou d’extrême droite, ce sera une sorte de primaire de la gauche, balaye-t-il. On prend notre risque ». Un positionnement aussi détaillé par Manuel Bompard, toujours auprès de l’Humanité : « Personne n’est propriétaire d’une commune. Si les électeurs décident de mettre les insoumis devant ou une autre liste de gauche, charge à ces différentes listes de se mettre d’accord au second tour ». Et le député de Marseille d’insister : « Les insoumis ne vont pas se faire éradiquer partout ».
S’appuyant notamment sur les (très bons) résultats réalisés aux dernières élections dans ces zones, La France insoumise réclame sa part du lion, six ans après avoir loupé le coche des municipales. À Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 61 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2022 quand Fabien Roussel (PCF) était à 2,2 % et Anne Hidalgo (PS) à 1,1 %. Même raz-de-marée insoumis aux européennes, où Manon Aubry avait obtenu plus de 50 %, loin devant à Raphaël Glucksmann, à 11,8 %. À La Courneuve, c’était même 64 % pour Mélenchon. « LFI avance ses scores nationaux, les communistes leurs ancrages locaux. C’est un vieux débat », reconnaît la cheffe de file PCF à Saint-Denis Sofia Boutrih auprès d’Actu.
Des désaccords sur le fond
Se réfugiant derrière le programme, Manuel Bompard assure que ses troupes pourront se ranger derrière certains maires communistes sortants si ces derniers ont mené « des politiques municipales ambitieuses » ces six dernières années. « Mais parfois on considère que le bilan est moins bon. Par exemple, nous sommes pour une régie publique de l’eau. Certaines villes, y compris communistes, ne l’ont pas mise en place », pointe-t-il.
À la manière du communisme municipal qui a marqué la vie de nombreux habitants de villes populaires, La France insoumise entend mettre en place un « communalisme », un terme hérité de la Commune de Paris. L’institut La Boétie, laboratoire d’idées de LFI, a d’ailleurs sorti un livre prônant l’instauration d’un « nouveau communalisme » en amont des élections municipales.
« Les Français qui votent pour La France insoumise ont aussi le droit d’être représentés dans les conseils municipaux », poursuit Manuel Bompard. Et en guise de réponse à tous les mécontents qui voient le mouvement de gauche braconner leurs terres, il répond : « C’est vieux comme le monde qu’il y ait différentes listes de gauche au premier tour des élections municipales ». Reste à savoir si le parti mélenchoniste peut réussir à transformer ses performances nationales sur le plan local. Ce qui n’est pas forcément évident, au regard de l’échec de Louis Boyard à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne. Certes le maire sortant était de droite, mais Jean-Luc Mélenchon y avait obtenu 46,19 % des voix au premier tour en 2022, et la liste conduite par Manon Aubry était arrivée largement en tête en 2024. Les élections sont dans quatre mois et la campagne ne fait que commencer.



