Politique

Avant la rencontre à Matignon, les chances d’un accord Lecornu-PS restent (très) minces

POLITIQUE – Avant sa première rencontre avec les socialistes ce mercredi 17 septembre à 9H30 à Matignon, Sébastien Lecornu a voulu aplanir le terrain. Au cours du week-end précédent, le Premier ministre a écarté définitivement la suppression des deux jours fériés voulus par son prédécesseur. Lundi, il a concrétisé son annonce de mettre fin aux avantages à vie des anciens chefs de gouvernement.

Les applaudissements ont été très discrets. Si la suppression des privilèges ministériels colle à leur logiciel politique, il est hors de question que cette mesure symbolique mais aux effets financiers minimes serve de pare-feu au Premier ministre. Il en va de même pour les jours fériés. La promesse de « rupture » de Sébastien Lecornu ne reste « que des mots » et « la réalité, pour l’instant, c’est que nous n’avons encore rien vu », pose Olivier Faure le 15 septembre sur le plateau de France 2.

Pourtant, deux jours avant, le Premier ministre a esquissé quelques pas en direction des socialistes. Il n’a pas repris le chiffre de 44 milliards, s’est dit « prêt » à travailler sur les questions de justice fiscale…

« Dialoguer » mais pas « négocier » (pour l’instant)

Mais même les socialistes les plus enclins à discuter avec le camp présidentiel le disent : après son interview à la presse régionale, impossible de parler de main tendue du Premier ministre. Les mots de Sébastien Lecornu qui « fera tout » pour ne pas être « obligé » de recourir au 49.3 ?Insuffisants. L’éventuel compromis de la Macronie sur la taxe Zucman qui consisterait à exclure le patrimoine professionnel de l’assiette de calcul ? Inacceptable.

« Quand vous parlez de patrimoine professionnel, on parle d’actions. Or la fortune des ultras riches est essentiellement en actions. Donc si vous dites que dans la base imposable on retire l’essentiel de leurs richesses, en réalité vous n’avez rien à imposer », assène Olivier Faure sur France 2. Même les propos d’Éric Lombard sur un effort « réduit » et ceux de Yaël Braun-Pivet qui lance le chiffre de « 35-36 milliards » d’euros n’enthousiasment pas outre mesure les socialistes. « Je suis prêt à faire 100 milliards d’économies si vous les prenez sur des gens qui peuvent le supporter », fait savoir Olivier Faure.

C’est donc un PS sur ses gardes qui se rend à Matignon ce mercredi. Ni grand espoir, ni naïveté. En « responsabilité », les cadres entendent « discuter » mais en aucun cas « négocier » avec le Premier ministre. « Le dialogue, c’est voir les grands principes sur lesquels il est prêt à travailler », décrypte pour Le HuffPost le sénateur Kanner. « S’il nous dit qu’il faut plus de justice fiscale, on ne va pas lui demander demain ’Combien ?’. On enregistrera le fait qu’il veut ouvrir ce chantier. »

Idem pour la réforme des retraites. « C’est ce genre de message qui pourra nous permettre, non pas de conclure puisqu’on n’a pas commencé, mais au moins de dire que dans ces conditions, on est prêt à aller à une table de dialogue renforcé qui pourra aboutir à des négociations rapides » afin de peser sur le projet de budget qui doit être présenté au plus tard le 13 octobre à l’Assemblée.

« Si on nous satisfait sur 3 ou 4 % de nos demandes, ça n’ira pas très loin »

Problème, Sébastien Lecornu a déjà fermé certaines portes, dont celle d’une suspension de la réforme des retraites, renvoyée à la présidentielle 2027. Les socialistes ont d’autres exigences : l’augmentation du pouvoir d’achat des plus modestes, un plan de relance, la révision du calendrier d’assainissement des finances publiques – étalé jusqu’en 2032, là où Bayrou visait 2029… Sur tous ces sujets, Sébastien Lecornu s’est bien gardé de s’exprimer avant de les recevoir.

Quant à la taxe Zucman, elle n’est pas enterrée mais ce n’est pas bien engagé. Les socialistes répètent qu’ils ne sont pas « fétichistes », ouvrant donc la porte à une autre formule de calcul… dès lors qu’elle rapporte assez pour correspondre à leur idée de « justice fiscale ». « Nous avons 100 % de demandes, si on nous dit qu’on nous satisfait sur 3 ou 4 %, ça n’ira pas très loin », met en garde Patrick Kanner.

Ces pressions n’empêchent pas une certaine lucidité. Même s’ils revendiquent Matignon depuis la dissolution, personne à gauche ne misait vraiment sur une décision d’Emmanuel Macron en leur faveur. De même, la composition de l’Assemblée nationale empêche toute domination d’un camp ou d’un autre. Avant leur rendez-vous, c’est sans doute le seul point où les Roses et le Premier ministre se rencontrent : le budget ne correspondra complètement aux aspirations d’aucun des deux camps.

Tout l’enjeu pour Sébastien Lecornu est donc de trouver un entre-deux. Dans le meilleur des mondes, les demandes des socialistes sont suffisamment prises en compte pour qu’ils votent le texte. Mais ce scénario est peu réaliste au regard des enjeux politiques : difficile en effet de s’inscrire dans l’opposition en votant le budget d’un gouvernement. Dans un monde encore viable pour le Premier ministre, les socialistes en obtiennent assez pour s’abstenir.

Mais le pire est aussi une option : la censure a souvent été un sujet de discorde interne aux socialistes, mais désormais le mot n’est plus tabou. « Peut-être que demain on sortira de Matignon avec Olivier Faure, Boris Vallaud et Johanna Rolland en disant ’merci, mais c’est terminé’ », imagine Patrick Kanner, sans vouloir être catégorique face aux inconnues qui subsistent. Rien n’est joué mais la cote est faible.