Politique

Ce que dit (et ne dit pas) le service militaire envisagé par Emmanuel Macron

Il existe des concepts qui hantent littéralement le débat public depuis des décennies. Prononcez les termes « service militaire » et observez les réactions éruptives que la question provoque. Qu’il s’agisse de disserter sur la pertinence de la décision prise Jacques Chirac d’y mettre fin afin de « professionnaliser » l’armée ou de débattre sur le rétablissement d’un tel dispositif, la question s’invite régulièrement en une de l’actualité.

Nouvel exemple ce dimanche 23 novembre avec des informations révélées par La Tribune dimanche : alors que l’exécutif s’échine à alerter l’opinion publique sur l’état de la menace qui pèse sur la France, Emmanuel Macron s’apprêterait à annoncer l’instauration d’un service militaire volontaire. Malgré l’échec cuisant du Service national universel (SNU), le chef de l’État n’a pas renoncé à l’idée de renforcer la cohésion nationale chez les plus jeunes. Et pour cause, cette préoccupation n’est pas que la sienne.

Au mois de juillet, la Revue nationale stratégique (RNS 2025), placée sous l’autorité du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), jugeait qu’il était « nécessaire que la Nation tout entière se tourne à nouveau vers sa défense et sa sécurité ». Pour ce faire, la RNS 2025 évoquait ainsi la piste de la création d’un « réservoir de personnes mobilisables en cas de crise ». Et, qu’à ce titre, « un service militaire volontaire rénové pourrait être créé pour proposer aux Français majeurs de recevoir une formation militaire socle pouvant déboucher sur un engagement ».

Raison pour laquelle Emmanuel Macron avait évoqué cette piste devant les armées le 13 juillet. Pour « combler nos zones de fragilité », dans un contexte d’« aggravation des menaces internationales », notamment venues de Russie, le président de la République avait annoncé qu’un « nouveau cadre pour servir » serait proposé « à la jeunesse » dès l’automne. Nous y sommes, donc, et La Tribune dimanche affirme que le chef de l’État pourrait sortir du bois dès jeudi sur le sujet. Une information ni confirmée ni démentie dans un premier temps par l’Élysée, dans un contexte où les propos tenus par le chef d’État-major des Armées devant les maires ont provoqué l’indignation d’une partie de la classe politique.

Pour autant, l’Elysée a fait savoir à la mi-journée que le président de la République sera ce jeudi à Varces-Allières-et-Risset, dans l’Isère, au sein de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne. Emmanuel Macron y prononcera un discours « dans la continuité de celui de l’hôtel de Brienne le 13 juillet dernier, dans lequel il avait rappelé la nécessité de donner à la jeunesse un nouveau cadre pour servir au sein de nos armées et répondre à son envie d’engagement ».

En quoi ça consisterait ?

Ceux qui craignent un retour à conscription pour toute une classe d’âge, comme c’était le cas autrefois, peuvent se rassurer. Car comme mentionné plus haut, le dispositif est imaginé sur la base du volontariat. Concrètement, dès 18 ans, les jeunes qui le souhaitent pourraient s’engager dans un service militaire de dix mois, rémunéré entre 900 et 1000 euros par mois. Toujours selon les informations de La Tribune dimanche, les volontaires ne seront pas sanctionnés sur le plan des études, puisque des crédits ECTS leur seraient aussi assurés en échange de leur engagement au service des forces armées.

Objectif : réussir à attirer 50 000 volontaires à l’horizon 2035. Comme le souligne sur son site le journaliste spécialiste des questions défense Jean-Dominique Merchet, le dispositif concernerait donc entre 6 et 7 % d’une classe d’âge. Très loin d’une levée de masse, donc, mais suffisant aux yeux de l’exécutif pour renforcer le lien « armée-nation », distendu depuis la professionnalisation décidée par Jacques Chirac. Chez les spécialistes du sujet, on attend de voir. Sur franceinfo par exemple, le vice-amiral Loïc Finaz accueille plutôt positivement cette piste, tout en appelant à « réfléchir intelligemment » à ce qui sera entendu par « service militaire ».

Car, selon lui, « l’armée de métier reste la plus adaptée à la guerre moderne ». Ex-officier de l’Armée de Terre, Guillaume Ancel salue sur France 2 la volonté de retrouver « une culture militaire de base » au sein de la société française. Pour autant, le même juge que les termes qui seront choisis pour désigner le dispositif seront déterminants, pour ne pas proposer quelque chose « qui ressemble à une régression de l’ancien siècle », et plaide pour une formule qui serait déclinable à l’échelle de l’UE.

Combien ça coûte ?

Reste maintenant à savoir comment tout ceci est financé, à l’heure où la France est appelée à se serrer les ceintures et que des compromis budgétaires semblent à ce stade plus que difficiles à trouver. Car, selon une note du Haut-commissariat au Plan, un modèle comparable concernant 70 000 jeunes est chiffré à 1,7 milliard d’euros par an.

Or, ce coût n’a pas été intégré à la dernière loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Il faudrait donc l’inclure à l’occasion de l’examen d’une LPM rectificative qui, selon Politico, est attendue pour cet automne. Ce lundi 24 novembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a par ailleurs annoncé qu’il comptait saisir le Parlement sur les questions de défense « dans les tout prochains jours », afin d’aboutir à l’Assemblée et au Sénat à un vote portant sur « le renforcement de nos armées ».

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Côté politique, certaines forces observent plutôt cette proposition d’un bon œil, comme le Rassemblement national ou la droite. À gauche, d’autres plaident plutôt pour un service obligatoire et mixte dans ses orientations. « Le président de la République semble proposer un service militaire volontaire. Je suis pour, mais je dis qu’il faut aller plus loin et proposer un service universel et obligatoire, mais pas nécessairement militaire. On peut vouloir s’engager dans la transition écologique, dans la solidarité sociale, donner de son temps à la collectivité », a réagi sur franceinfo Raphaël Glucksmann. Une fois n’est pas coutume, l’intéressé converge avec la France insoumise. « Nous, on est pour une conscription citoyenne mixte, avec une formation militaire de type suisse », a expliqué sur TF1 Éric Coquerel.