Ces questions de France 2 sur un élément de son bilan ont beaucoup agacé Hollande
POLITIQUE – Cice est un sujet qui fâche, surtout en cette rentrée marquée par les discussions budgétaires. Dans un épisode de Complément d’enquête consacré aux aides aux entreprises et diffusé le 18 septembre, l’ancien président de la République François Hollande a été interrogé sur le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qu’il a créé. Et il n’a pas apprécié que son efficacité soit remise en question.
Entre 2013, date de sa création, et 2019, où il a été supprimé, le CICE a permis de créer 100 000 emplois, selon un rapport du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, pour un coût total pour l’état estimé à environ 100 milliards d’euros. Un bon ratio ? Oui, pour François Hollande. « Déjà 100 000 emplois c’est assez significatif », se défend l’ancien chef d’État. Il estime cependant que ce chiffrage est sous-estimé.
« S’il n’y avait pas eu de CICE, non seulement il n’y aurait pas eu les 100 000 emplois qui ont été créés mais il y aurait eu des pertes d’emplois bien plus considérables. Donc ce qu’il faut essayer de calculer, ce n’est pas simplement les emplois réels », avance-t-il.
Face à lui, la journaliste de Complément d’enquête fait valoir que ce chiffre est celui de Plan Stratégie, « organisme proche de Matignon » rattaché au Haut-Commissariat. « Je ne conteste pas », commence François Hollande, quand la journaliste poursuit « c’est une étude sérieuse ». Agacé, François Hollande se lève alors pour mettre fin à l’entretien : « On va arrêter parce que… Ça n’a pas d’intérêt pour moi. Très franchement, ça n’a aucun intérêt. Je ne suis pas là pour répondre à un interrogatoire », tranche-t-il. Il reprendra finalement l’entretien quelques instants plus tard, sur un autre sujet.
Le CICE, sujet sensible dans un contexte explosif
François Hollande serait-il mal à l’aise sur ce sujet ? En juillet 2025, l’ancien chef d’État avait justement séché une audition devant la commission d’enquête du Sénat sur les aides aux grandes entreprises. « D’aucuns pourraient qualifier ce refus d’esquive voire de dérobade », avait cinglé le président LR de la commission Olivier Rietmann.
Car si le CICE a eu « des effets positifs sur l’emploi » ceux-ci sont restés « limités », résume le site gouvernemental Vie Publique. En parallèle « sur l’investissement, le CICE ne semble pas avoir eu de résultats probants ». Le dispositif a aussi été critiqué pour l’absence de contreparties exigées aux entreprises qui en bénéficiaient.
Six ans plus tard, alors que la notion de « justice fiscale » s’impose dans les débats budgétaires, le sujet est d’autant plus sensible. La commission sénatoriale a chiffré à 211 milliards d’euros le montant de l’ensemble des aides publiques alloués en 2023. Le chiffre a depuis été repris par la gauche et les syndicats comme un argument pour exiger que les « efforts » réclamés aux Français pèsent davantage sur les entreprises que sur les travailleurs. « Il y a 211 milliards d’aides qui sont consenties chaque année sans condition ni contrepartie aux entreprises. Ça n’est plus possible que pour les patrons, ça soit uniquement des droits et jamais des devoirs », a par exemple cinglé la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. De quoi mettre mal à l’aise l’artisan d’une de ces aides, et pas la moins controversée.


