Cette annonce de Sébastien Lecornu sur les retraites a de quoi rassurer le PS
POLITIQUE – Ouf de soulagement sur les bancs socialistes. Le Premier ministre a annoncé ce mardi 21 octobre, lors de la séance de questions au gouvernement, qu’il s’engageait sur la voie de la lettre rectificative pour suspendre la réforme des retraites, conformément à son engagement pris une semaine plus tôt.
« J’entends les critiques dont nous faisons l’objet sur notre bonne foi. Aussi je vous annonce que le Conseil d’État a été saisi cette nuit d’une lettre rectificative et qu’un Conseil des ministres aura lieu jeudi matin pour l’adopter », a déclaré Sébastien Lecornu en réponse à une question posée par Boris Vallaud, le président du groupe PS. « Nous ne sommes pas d’accord sur cette réforme des retraites mais j’avais pris un engagement : que le débat puisse avoir lieu », a ajouté le chef du gouvernement, sous les applaudissements d’une bonne partie des socialistes, parmi lesquels François Hollande, Jérôme Guedj ou encore Philippe Brun.
À la sortie de l’hémicycle, Boris Vallaud s’est dit soulagé par cette annonce. « Le Premier ministre a satisfait notre demande pour que nous puissions effectivement débattre de cette suspension », a exprimé le député des Landes. Sur ce coup, les socialistes peuvent remercier le constitutionnaliste Benjamin Morel, qui a levé le lièvre de la lettre rectificative le 18 octobre. Sans quoi ils s’en seraient tenus à un amendement qui avait toutes les chances de tomber et de ne pas figurer dans la copie finale.
Car la lettre rectificative, qui est au cœur du bras de fer entre le PS et LFI, a l’avantage de rester dans le projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS) quoi qu’il arrive, même en cas d’expiration du temps imparti à l’examen du budget (les députés ont jusqu’au 31 décembre pour s’entendre, ou le gouvernement pourrait faire passer le budget par ordonnance). Surtout, la prise de parole de Sébastien Lecornu satisfait le groupe PS, échaudé quelques heures plus tôt par les propos d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État a affirmé, depuis la Slovénie, qu’il ne s’agissait « ni d’une abrogation ni d’une suspension », mais d’un simple « décalage » de la réforme dans le temps. « En dépit de ce que peut dire le président de la République, c’est bien une suspension », s’est réjoui Boris Vallaud.
Reste que pour La France insoumise, cette annonce de lettre rectificative n’augure rien de bon. Pour avoir la suspension de la réforme des retraites, le PS « devra voter le budget de la Sécurité sociale avec toutes les horreurs qu’il contient. Le PS devra alors refuser la censure, et laisser passer les budgets, pour avoir le décalage. Comment peut-on se féliciter de se faire rouler ainsi dans la farine ? », attaque le coordinateur du mouvement Manuel Bompard. De fait, la lettre rectificative présente l’intérêt (pour le gouvernement) de contraindre le PS à voter son budget. Sinon, la suspension de la réforme des retraites saute aussi et alors le groupe présidé par Boris Vallaud aura tout perdu. Mais si le gouvernement ne recourt finalement pas aux ordonnances et choisit d’en passer par une Commission mixte paritaire (CMP) à majorité de droite, alors la lettre rectificative n’y changera rien. Et la suspension pourra, ou non, être adoptée.


