Politique

Cette piste sur l’AME n’aidera pas Sébastien Lecornu à s’entendre avec le PS

POLITIQUE – C’est l’histoire d’un totem pour la droite (et l’extrême droite) et d’une ligne rouge pour le Parti socialiste. Ce lundi 22 septembre, plusieurs médias (dont Le HuffPost) ont eu vent de la volonté du Premier ministre, Sébastien Lecornu, de se pencher sur le dossier brûlant de l’Aide médicale d’État, dit AME. Le chef du gouvernement doit d’ailleurs recevoir les deux auteurs d’un rapport parlementaire sur le sujet, Claude Evin et Patrick Stefanini, mardi dans l’après-midi.

Pour rappel, l’AME est perçue au RN comme chez LR comme le symbole d’un système dit « incitatif », qui ferait de la France une destination prisée des migrants pour venir se faire soigner gratuitement. Et ce, même si seulement 50 % de la population éligible y a recours et que le budget consacré à cette aide (à laquelle tiennent les soignants) représente moins de 1 % du budget total de la Sécu.

À l’heure où l’exécutif cherche à bâtir un budget avec des marges de manœuvre particulièrement étroites, Sébastien Lecornu n’écarte donc pas l’idée de regarder ce qu’il est possible de faire (ou non) avec ce dispositif si clivant. Dans leur rapport publié fin 2023, les sénateurs Claude Evin (PS) et Patrick Stefanini (LR) estiment que l’AME demeure « un dispositif sanitaire utile », qu’elle est « globalement maîtrisée » et « ne génère pas de consommations de soins faisant apparaître des atypismes, abus ou fraudes structurelles ».

Le risque d’une censure socialiste

Pour autant, les deux signataires affirment en parallèle que cette aide « mérite d’être adaptée ». De quoi aller vers une « aide médicale d’urgence », comme le réclament la droite et l’extrême droite ? Pas forcément, puisque les auteurs du rapport soulignent qu’un tel changement de paradigme présenterait un « risque important de renoncement aux soins », lequel « aurait pour triple impact une dégradation de l’état de la santé des personnes concernées, des conséquences possibles sur la santé publique, et une pression accentuée sur les établissements de santé ».

Tout l’enjeu est de savoir donc quelle est l’évolution vers laquelle ira Sébastien Lecornu qui, selon L’Opinion, a informé le Parti socialiste qu’il n’était pas envisageable que l’AME « reste en l’état » à l’heure où il est question de demander des efforts à tous les Français. Or, pour les socialistes, c’est déjà entendu : toute refonte de ce dispositif conduira à la chute potentielle du gouvernement. « Si c’est pour restreindre le panier de soins aux étrangers qui vivent dans notre pays, ce sera définitivement non et nous irons vers la censure », prévient le sénateur socialiste Patrick Kanner, cité par L’Opinion.

Problème pour le Premier ministre : la « réduction drastique » de l’AME fait partie de la liste de courses que Les Républicains comptent transmettre à l’exécutif en vue d’une participation au gouvernement, selon les informations du Parisien. De quoi mesurer l’ampleur du paradoxe que doit résoudre Sébastien Lecornu, contraint d’arracher un accord de non-censure au Parti socialiste, tout en donnant des gages aux Républicains, afin de consolider le « socle commun » censé soutenir le gouvernement. D’autant que la mesure n’emballe pas forcément l’ensemble de la Macronie. Les prochaines consultations sur le sujet s’annoncent tendues.