« Comme Garde des Sceaux », Darmanin rendra visite à Sarkozy en prison et assume
POLITIQUE – Un problème ? Quel problème ? L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, condamné dans l’affaire libyenne, va recevoir de la visite à la prison de la Santé où il sera incarcéré le 21 octobre. Parmi ses visiteurs, Gérald Darmanin, qui s’y rendra « comme Garde des Sceaux » et assume parfaitement de le faire, en dépit des très lourdes charges de l’ex-chef d’État contre la justice.
« J’irai le voir en prison, comme Garde des Sceaux, j’irai m’inquiéter de ses conditions de sécurité », a déclaré Gérald Darmanin au micro de France Inter ce lundi 20 octobre, rappelant que Nicolas Sarkozy, ayant fait appel de sa condamnation à cinq ans de prison dans le dossier libyen, était « présumé innocent ». « Le ministre de la Justice peut aller voir n’importe quelle prison et n’importe quel prévenu quand il le souhaite. Il doit garantir le bon fonctionnement du service public », a-t-il poursuivi, assurant qu’il se rendait « trois fois par semaine » en prison et qu’il lui était déjà « arrivé » de rendre visite à des détenus. « Ce n’est pas anormal », a-t-il maintenu.
Le geste interroge néanmoins. En tant que Garde des Sceaux, Gérald Darmanin est tenu à un devoir de réserve et de protection des services de justice. Or, Nicolas Sarkozy a vilipendé les magistrats après sa condamnation, au point qu’une vingtaine d’entre eux a porté plainte pour outrage. Il a aussi déclaré que sa condamnation « violait l’État de droit ». « On a le droit de critiquer les décisions de justice », a cependant estimé le ministre, tout en prenant quelques distances : « je lui laisse l’entière responsabilité de ses propos. Je ne suis pas totalement d’accord, toujours, avec Nicolas Sarkozy. »
Darmanin a « beaucoup de tristesse » pour Sarkozy
Gérald Darmanin a rappelé avoir condamné avec force les menaces de mort à l’encontre des magistrats. « Le ministre de la justice doit garantir que les magistrats soient protégés. Je garantis intégralement cela », a-t-il redit. Mais il n’en démord pas : « Je dois à dire à quel point, et c’est normal, on doit faire attention à la sécurité d’un ancien président à la prison de la Santé. Ça ne me paraît pas choquant de le dire », maintient-il.
Les liens entre les deux hommes sont connus. Avant de rejoindre Emmanuel Macron, Gérald Darmanin a été porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy en 2014 dans la course pour la présidence de l’UMP (ex-LR). Leurs liens depuis sont restés intacts, en témoigne la visite, dans le plus grand secret, du Garde des Sceaux à l’époque démissionnaire à Nicolas Sarkozy, quelques jours seulement après sa condamnation. À l’époque, l’entourage du ministre avait refusé de confirmer ou commenter cette visite révélée par Le Nouvel Obs. Mais au micro de France Inter, Gérald Darmanin assume et confirme ce rendez-vous.
« J’ai beaucoup de tristesse pour le président Sarkozy. L’homme que je suis, Gérald Darmanin ne peut pas être insensible à la détresse d’un homme », a-t-il fait valoir. « Après, le ministre de la Justice fait son travail et organise quelque chose d’exceptionnel au sens littéral du terme : l’incarcération d’un président de la République mais aussi de quelqu’un qui est présumé innocent. Je rappelle quand même qu’il a fait appel », a-t-il insisté. « Le ministre organise (…) de façon professionnelle et l’homme est triste de cette situation. » La nuance n’en demeure pas moins fine et le message risque de ne pas être reçu 5/5 par les professionnels de la justice, déjà vent debout contre les projets du Garde des Sceaux.


