Comme la gauche, LR aussi s’écharpe sur l’idée d’une primaire
POLITIQUE – Personne n’a le monopole de la dispute sur la primaire. Cette modalité de désignation d’un candidat pour la présidentielle de 2027 provoque des remous aussi bien à gauche qu’au sein des Républicains qui vont tenter, ce mercredi 19 novembre, de trouver un point de chute lors d’un nouveau bureau politique. Ce, après avoir expérimenté la primaire en 2017 et en 2022, la fin des histoires est connue.
Les bases ont été jetées le 4 novembre. Réuni en conseil stratégique, l’état-major des Républicains avait acté la création d’un « groupe de travail » sur une possible primaire. Pour en définir les règles ? Ou simplement faire des propositions ? Le parti pourrait aussi attendre après les municipales pour se positionner. Pour l’instant donc, une seule chose est claire : « les adhérents réunis en Congrès décident, par leur vote, sur proposition du Président du Mouvement et après consultation du Bureau politique, des modalités de désignation du candidat du Mouvement à la présidence de la République », peut-on lire dans les statuts de partis remaniés depuis l’arrivée de Bruno Retailleau à sa tête.
Ce sont donc les adhérents qui trancheront sur la tenue d’une primaire ou pas. Ou sur la tenue d’une primaire uniquement réservée à LR ou élargie à Renaissance, MoDem et Horizons. Ou d’une qui va jusqu’à l’extrême droite zemmouriste. Ou encore sur la tenue d’une primaire « en deux temps ». Ou pourquoi pas un « conclave », comme le prône Michel Barnier ?
Wauquiez plaide pour une primaire « de toute la droite »…
Il y a presque autant de propositions que de députés LR. Le premier d’entre eux, le président du groupe Laurent Wauquiez, a longtemps été contre une primaire, « un système qui aboutit à diviser la droite » clamait-il encore en avril sur BFMTV. Pendant des années, depuis sa région d’Auvergne-Rhône-Alpes, il a œuvré en coulisses pour s’imposer comme l’homme indispensable de son camp en 2027. À l’époque d’Éric Ciotti, c’était presque acquis. Las, après la trahison de ce dernier et les législatives anticipées, et à défaut d’avoir réussi à devenir le nouveau président du parti, Laurent Wauquiez a dû composer avec Bruno Retailleau qui louche lui-même sur la candidature suprême.
Changement de stratégie donc pour Laurent Wauquiez, qui appelle désormais à une primaire « de toute la droite, pas uniquement entre Républicains – c’est trop étroit », explique-t-il à Ouest-France fin octobre. Son périmètre va « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo ». Le 14 novembre, Laurent Wauquiez a donc rencontré Éric Zemmour, qui s’est montré « disposé » à participer. Selon son entourage, cet échange « s’inscrit dans une série d’entretiens avec tous ceux qui sont susceptibles de participer à une compétition permettant d’avoir un seul candidat de droite en 2027. » Mais le rendez-vous entre le fondateur de Reconquête et le patron des députés LR a provoqué des crispations parmi ses troupes, mécontentes de cette initiative solitaire et de l’absence de mandat du président de groupe, rapporte RTL.
… « ce qui est un peu ridicule » pour Retailleau
Laurent Wauquiez peut compter sur le soutien de David Lisnard, maire de Cannes et président de l’AMF qui plaide pour un panel de candidatures allant « de l’UDI à Sarah Knafo ». Lui non plus ne cache pas ses aspirations élyséennes. Mais lui aussi se heurte de plein fouet au président du parti Bruno Retailleau. Sur le plateau de BFMTV le 6 novembre, le patron du parti a à peine étouffé son rire en évoquant l’hypothèse de la primaire ouverte, jugée « un peu ridicule ». Sympa. « Le principe d’une primaire, c’est que les perdants acceptent de se ranger derrière le gagnant. Comment voulez-vous que demain, si c’est Gabriel Attal qui gagne, que Sarah Knafo l’encourage et le rallie ? C’est une vue de l’esprit », cingle-t-il.
Son objectif ? « C’est que nous ayons un candidat avec nos propres couleurs ». L’« idéal » serait qu’un candidat s’impose dans « le temps, les sondages, la dynamique », confie-t-il au JDD. Mais il le sait, « c’est rare ». Son plan B, consiste donc en une primaire « en deux temps ». « D’abord la désignation d’un chef de file LR par nos adhérents, parce que la droite n’a pas vocation à se diluer dans une autre force politique. Puis une primaire ouverte avec d’autres candidats, notamment ceux venus du socle commun à la condition qu’ils partagent l’essentiel de nos valeurs, pour éviter l’éparpillement et qu’il n’y ait qu’un seul candidat » , explicite auprès de l’AFP la porte-parole de LR, Agnès Evren.
Et si la primaire finissait aux oubliettes ?
Encore faut-il que les candidats du socle commun soient d’accord. À ce stade, ils sont tout autant dispersés que Les Républicains. Sauf (très improbable) retournement de situation, Edouard Philippe partira seul. Gabriel Attal n’est pas encore officiellement positionné pour 2027 mais il l’est sur la primaire : avec LR, c’est non car les « lignes politiques sont différentes. » Gérald Darmanin, à qui l’on prête aussi quelques ambitions, juge, lui, une primaire ouverte avec LR comme « une évidence. »
Au milieu de tout ce chaos, une voix a tenté une ligne différente. Le 15 novembre dans un entretien au Figaro, l’ancien Premier ministre redevenu député Michel Barnier a plaidé pour un « conclave ». Même s’il souhaite un candidat de son camp, capable de convaincre jusqu’aux électeurs RN, il estime « qu’on n’aura ni le temps d’organiser une primaire ni les conditions pour le faire. » Le conclave se ferait lui entre « tous les élus parlementaires qui aspirent à cette unité » de la droite et du centre, et ils y décideraient du projet et de « celui qui le portera ». Ce qui annule de fait l’ouverture jusqu’à Éric Zemmour promue par Laurent Wauquiez et David Lisnard. Reste aussi à savoir si Xavier Bertrand, qui se dit prêt à donner de sa personne pour son camp en 2027 mais refuse la primaire, acceptera cette formule. Le casse-tête ne fait que commencer pour la droite.



