Politique

Comment le PS savoure sa « victoire » sur la suspension de la réforme des retraites

POLITIQUE – Boris Vallaud a déboulé tout sourire face aux caméras. Quelques secondes à peine après l’adoption de l’article suspendant la réforme des retraites, le 12 novembre en fin d’après-midi, le patron des députés PS a tenu à afficher son enthousiasme auprès des journalistes. Le temps des explications, des désaccords et des clarifications viendra après.

« La réforme des retraites d’Élisabeth Borne est suspendue. C’est pour les hommes et les femmes qui ont eu une carrière difficile une excellente nouvelle dont nous nous félicitions », s’est-il réjoui, fruit selon lui « d’un travail acharné », « d’un rapport de force jamais démenti ». « Voilà une étape importante dont nous sommes fiers », a fini par exprimer le député des Landes, flanqué de plusieurs de ses collègues dont Olivier Faure. « Je suis heureux pour celles et ceux qui vont bénéficier de cette suspension de la réforme des retraites », a d’ailleurs salué le Premier secrétaire du PS plus tard dans la soirée sur BFMTV.

Si les socialistes mettent autant d’énergie à saluer cette victoire, « la plus grande du mouvement social depuis le retrait du CPE en 2006 » selon Philippe Brun, c’est avant tout parce que leur crédibilité est en jeu. Après avoir laissé sa chance à François Bayrou il y a presque un an, ils avaient eu conscience de s’être fait avoir en approuvant un conclave sur les retraites qui n’a finalement débouché sur rien. Cette fois, la suspension de la réforme est plus tangible. Et concerne potentiellement plusieurs cohortes de salariés.

En outre, les socialistes ont réussi à replacer le sujet au cœur du débat public, alors que le gouvernement tentait au maximum de tourner la page des manifestations monstres de l’hiver 2023. Tout le monde a désormais conscience que la question des retraites sera majeure dans la campagne présidentielle. Face aux communistes et aux insoumis qui ont voté contre cette suspension, le député PS Jérôme Guedj les a directement interpellés dans l’hémicycle : « À quel point doutez-vous de votre propre capacité à convaincre les Français en 2027 puisque c’est ce grand rendez-vous démocratique qui permettra de trancher le débat ? »

Dans l’Opinion, l’élu de l’Essonne en remet une couche. « Le débat approfondi, qui n’a pas eu lieu en 2023 à cause du 49.3, doit avoir lieu en 2027. La question du financement de la protection sociale sera au cœur de l’élection présidentielle », expose Jérôme Guedj, pour qui le projet d’Édouard Philippe, qui défend la retraite à 67 ans et l’introduction d’une part plus grande de capitalisation, sera diamétralement opposé à celui de Jean-Luc Mélenchon, favorable au retour à la retraite à 60 ans, comme l’avait instaurée François Mitterrand en 1982.

« Une arnaque », fustigent les insoumis

Les socialistes sont d’autant plus ravis qu’ils ont été rejoints par une part importante d’écologistes qui, à l’exception de Sandrine Rousseau, ont voté pour la suspension. Mais sur leur gauche, les communistes et les insoumis ont fait défaut. Pour eux, ce « décalage » n’est qu’un piège, dont la facture sera réglée par les retraités actuels et les assurés sociaux. Surtout, ils dénoncent une « entourloupe » qui oblige les socialistes avaliser tout un tas de coupes de budgétaires.

Les députés de La France insoumise ne manquent pas de minimiser ce que leurs ex-partenaires présentent comme une victoire. « C’est écrit sur leurs visages que c’est la plus grande arnaque qu’ils aient jamais essayé de vous vendre », a pointé Antoine Léaument lorsque Boris Vallaud et les siens se sont avancés vers les caméras. « Nous aurions voté une mesure sur les retraites si elle était un véritable progrès social, a temporisé le coordinateur du mouvement Manuel Bompard sur BFMTV. Ce que le gouvernement veut donner d’une main à quelques-uns, il veut leur reprendre trois fois plus de l’autre main ». Même François Ruffin, qui a voté pour la suspension, appelle les socialistes à un peu de mesure. « Je ne fais pas passer les miettes pour un festin. Je ne prétends pas qu’il s’agit de la plus grande avancée sociale depuis vingt ans », a-t-il recadré, même s’il assume d’avoir voté de concert avec les socialistes.

Ce vote sur la suspension de la réforme des retraites a une nouvelle fois contribué à construire des tranchées au sein de la gauche… Sur un sujet qui la réunissait pourtant jusque-là. Du PS à LFI, toutes les composantes de l’ex-NFP avaient signé en 2023 « un serment solennel » promettant de se « battre pour l’abrogation de cette loi inique ». Une autre époque et un engagement jugé trahi par LFI. Et simplement remis à 2027 pour le PS.