Comment l’intersyndicale complique davantage la tâche de Sébastien Lecornu
POLITIQUE – Un contraste saisissant. Mercredi 10 septembre, au moment où François Bayrou laissait les clés de Matignon à Sébastien Lecornu, sous l’œil de la Garde républicaine, les rues de Paris s’enflammaient. Charges de police, blocages de lycées, manifestations improvisées… Sans doute l’ancien ministre des Armées, nommé quelques heures plus tôt, avait-il imaginé meilleur cadeau de bienvenue.
Qu’à cela ne tienne. Ce jeudi 18 septembre, il sera à nouveau confronté à la colère sociale. Cette journée de mobilisation pourrait être bien plus périlleuse pour lui. D’abord parce qu’elle promet d’être beaucoup plus suivie. Les secteurs du transport, de l’éducation ou de l’énergie, qui ne s’étaient mobilisés qu’à la marge le 10 septembre, promettent cette fois de sortir dans les rues. Jusqu’à 800 000 personnes sont attendues partout en France, selon les estimations du ministère de l’Intérieur. Un chiffre considérable, comparable à ceux enregistrés lors de l’opposition à la réforme des retraites en 2023.
Mais surtout, la reconstitution d’une intersyndicale large est une menace pour le Premier ministre. À peine en place, il voit se dresser face à lui une force telle qu’il n’en avait plus existé depuis plus de deux ans. « L’unité syndicale est un levier pour la mobilisation », veut croire la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet dans Libération, qui manifestera aux côtés des autres centrales dont la CFDT, FO, UNSA et Solidaires.
La présence de la CFDT dans les cortèges est une épine dans le pied de Sébastien Lecornu. Le syndicat réformiste, adepte du dialogue et de la négociation, est depuis 2018 le plus représentatif des salariés en France. Avoir la CFDT contre soi d’entrée de jeu est un très mauvais signal. D’autant plus pour un Premier ministre sur la sellette, dépourvu de majorité à l’Assemblée et contraint de négocier texte par texte avec les oppositions.
Dans la rue, l’intersyndicale compte bien dénoncer « le musée des horreurs » que constitue selon elle le budget présenté cet été par le gouvernement. Et donc peser sur la nouvelle feuille de route pour 2026. « Le but, c’est de construire une mobilisation de haut niveau dans la durée pour mettre le budget sous surveillance des travailleuses et des travailleurs », explique Sophie Binet, pour qui le retour sur la suppression des deux jours fériés est un bon signal qui doit servir de moteur.
Le PS comme point de bascule
Plus inquiétant pour Sébastien Lecornu : une mobilisation d’ampleur, réunissant plusieurs centaines de milliers de manifestants, compliquerait l’éventuel pacte de non-censure que pourrait nouer avec lui le Parti socialiste. À l’approche des élections municipales, et alors que l’hypothèse d’une dissolution n’est pas exclue, les socialistes savent bien qu’ils n’ont pas grand intérêt à se démarquer du reste de la gauche… et à aller à rebours de la volonté des Français.
Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 56 % d’entre eux soutiennent la mobilisation du 18 septembre. Le Parti socialiste qui, comme La France insoumise, les Écologistes et le Parti communiste, appelle à manifester, pourrait bien être tenté d’écouter les revendications qui émergent ce 18 septembre, et d’appuyer sur le bouton de la censure plus vite que prévu.
Et alors, le bail de Sébastien Lecornu se terminera rapidement puisque de l’autre côté du spectre politique, le Rassemblement national est tout aussi déterminé à le faire sortir, espérant dans la foulée une nouvelle dissolution. Des images de casse et des dégâts matériels déplorés ce jeudi offriront une nouvelle occasion au RN d’instruire un procès en incompétence au successeur de François Bayrou. On a connu rentrée plus sereine.



