Politique

De gauche à droite, chacun a sa solution pour lutter contre le narcotrafic

POLITIQUE – Mehdi Kessaci, 20 ans, a été abattu par balles le 13 novembre dans les rues de Marseille. Cet assassinat pourrait être un « avertissement » adressé à son frère, le militant écologiste Amine Kessaci, qui se bat pour éradiquer le narcotrafic. Quarante-huit heures plus tard, c’est à Grenoble qu’un adolescent a été touché par balles près d’un point de deal. Il est toujours plongé dans le coma.

Deux faits divers qui relancent le débat sur la lutte contre ce fléau. Pour ne pas paraître impuissant, Emmanuel Macron convoque ce 18 novembre une réunion à l’Élysée autour du Premier ministre et de plusieurs ministres en lien avec le dossier. Gérald Darmanin (Justice), Laurent Nuñez (Intérieur), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Amélie de Montchalin (Comptes publics) seront notamment autour de la table.

« La question du narcotrafic est aussi grave que celle du terrorisme », a alerté l’ex-Président François Hollande sur France Inter. Cette déclaration particulièrement alarmante, de la part de celui qui a été plusieurs fois confronté au terrorisme lors de son passage à l’Élysée, ne vient pas de nulle part. Pour l’ancien chef de l’État, « les sommes en jeu, la présence de mafias, les procédés qui sont utilisés, les enfants qui sont tués ou qui deviennent des assassins, ça s’apparente à du terrorisme ». Selon lui, « il faut des méthodes de lutte de haute intensité et de responsabilisation des consommateurs ».

À gauche, la lutte contre le narcotrafic fait figure de priorité pour de nombreux responsables politiques qui lient trafic de drogue et insécurité. « Un cap de plus a été franchi par les mafias et les truands qui pourrissent la vie de nos quartiers », a exprimé Fabien Roussel sur RTL, réagissant à l’assassinat du petit frère d’Amine Kessaci. Le secrétaire national du PCF appelle à « mettre les moyens » en embauchant massivement « des enquêteurs, des douaniers aux frontières, dans les aéroports, dans les ports… » Il chiffre à 60 000 le nombre de fonctionnaires supplémentaires qu’il faudrait recruter, en les plaçant notamment aux frontières pour contrôler l’importation de drogues sur le territoire français.

LFI appelle à « un changement total de doctrine »

« On n’a pas perdu la guerre », estime le communiste, convaincu que « dans chaque barrette de shit et dans chaque gramme de coke, il y a du sang ». Fabien Roussel déplore que « les présidents qui se sont succédé aient désarmé nos moyens de sécurité ». Et regrette que « les suppressions de postes » et « les fermetures de commissariats », engagées notamment par Nicolas Sarkozy, aient conduit selon lui « à abandonner complètement nos quartiers ». « Les mafias dictent leur loi, on ne peut plus l’accepter », termine-t-il.

Pour La France insoumise, il faut « un changement total de doctrine ». Le coordinateur du mouvement Manuel Bompard appelle, contrairement au RN, à ne pas adopter « de mesures autoritaires » qui remettraient en cause « les libertés fondamentales ». « Il faut mettre les moyens nécessaires pour que la police judiciaire et la justice puissent faire leur travail et démanteler en profondeur les réseaux de criminalité organisée », plaide-t-il, tout en demandant le retour « d’une véritable police de proximité permettant de garantir la tranquillité publique ».

La droite s’agace « des séquences de com’ »

« Cette réalité-là, nous la vivons dans nos villes, nos communes, nos villages », complète le maire de Cannes David Lisnard, invité sur BFMTV. Celui qui est également président de l’Association des maires de France (AMF), et qui chapeaute le Congrès des maires qui s’ouvre ce 18 novembre à Paris, appelle les pouvoirs publics à « exécuter » les dispositions prévues par la loi, plutôt que de multiplier « les séquences de com’ » et « les affichages ».

Une position partagée par Marine Le Pen, qui ne goûte guère le sommet prévu par Emmanuel Macron à l’Élysée. « Assez de réunions, assez de discours d’intention face à des gangs qui ensanglantent la France chaque jour, il faut maintenant engager un véritable combat politique et judiciaire », déclare la cheffe des députés RN. Elle demande « d’aller plus loin » que la loi votée au printemps, « en instaurant des peines planchers, en expulsant les délinquants et les criminels étrangers impliqués dans les trafics, en suspendant systématiquement les aides sociales versées aux trafiquants ». Le député RN Franck Allisio, par ailleurs candidat à la mairie de Marseille, réclame quant à lui l’instauration de « l’état d’urgence » dans la préfecture des Bouches-du-Rhône.

« J’ai vécu en Colombie, j’ai vu naître ce type de problème dans des pays qui ont certes un État moins solide que le nôtre au départ mais il y a tellement d’argent en jeu que la puissance de corruption de tout le monde crée une gangrène pour l’autorité publique », affirme de son côté l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer sur LCP.

« Le tout répressif ne marche pas »

L’avocat de la famille Kessaci, Me Matthieu Crozet, a pour sa part parlé pour la première ce mardi sur BFMTV. « Encore une commission, encore une réunion… Ça fait 24 ans que je vois des grands plans pour lutter contre le narcotrafic », a-t-il estimé, taclant l’initiative prise par Emmanuel Macron. Lui plaide pour un « quoi qu’il en coûte » contre le narcotrafic et affirme que « le tout répréssif ne marche pas ».

À quatre mois des élections municipales, le sujet est dans toutes les têtes. Les maires s’estiment démunis face à un phénomène qui draine des milliards d’euros et qui constitue une vraie menace sur le plan de la sécurité. En première ligne, certains d’entre eux en viennent à craindre pour leur vie. À l’Élysée, le Président a prévu d’aborder la question de la protection des candidats aux municipales, particulièrement exposés.