Face aux menaces de censure de la gauche, la macronie tente de défendre la méthode Lecornu
POLITIQUE – Le Premier ministre est prévenu. La gauche non mélenchoniste réunie à Bram, sous la houlette de Carole Delga, a été claire ce week-end : Sébastien Lecornu doit aller plus loin s’il ne veut pas être censuré. L’interview au Parisien du locataire de Matignon, où il dévoile ses premières pistes budgétaires et écarte notamment un retour de l’ISF ou l’instauration de la Taxe Zucman, n’a pas convaincu Olivier Faure ni Marine Tondelier.
Dans l’Aude, le patron du PS a ainsi menacé de censurer le gouvernement sitôt la journée de mobilisation syndicale du jeudi 2 octobre passée. « Si rien ne change, les mêmes causes produiront les mêmes effets et donc nous censurerons dès le discours de politique générale », a déclaré le patron des roses quand son homologue écologiste fustige : « Il dit qu’il souhaite un dialogue moderne, franc, transparent et nous promet monts et merveilles, mais on n’y a pas cru. »
Si à gauche on estime que les signes de rupture promise ne sont pas tangibles, la macronie tente, elle, tant bien que mal de défendre le changement de méthode de Matignon, pour mieux appeler, encore et toujours, les socialistes à négocier.
Les yeux de Chimène aux roses
« Nous avons un Premier ministre qui prend le temps de consulter afin d’élaborer un budget sérieux et cohérent en repartant d’une feuille blanche. À la fin nous ne serons pas sur un “budget Lecornu” mais un budget de compromis du Parlement », a insisté ce dimanche 28 septembre sur franceinfo, le sénateur Renaissance, Xavier Iacovelli. Le député EPR (Ensemble pour la République) David Amiel a, lui, insisté sur BFMTV, sur « la culture de la négociation » : « Avec le Parti socialiste et la droite républicaine, nous devons maintenant négocier et avancer. »
Dans la foulée, ce dimanche, plus de 70 députés du socle commun ont également publié un texte dans La Tribune. Ils y estiment que Sébastien Lecornu a notamment « montré son ouverture tant sur le fond que sur la méthode », et se disent prêts à parler fiscalité, sans en dire plus. Gage de cette ouverture selon eux, cette petite phrase de l’Eurois qui tourne désormais en boucle chez les alliés du bloc central : « le gouvernement est sous le contrôle et même la tutelle du Parlement ». Évidemment la formule n’est pas non plus passée inaperçue aux oreilles des socialistes, mais Olivier Faure y met une condition : ne pas recourir au 49.3.
Marc Fesneau, aussi, ce dimanche lors de son discours à la rentrée du Modem, a appelé les roses au compromis, parce que « personne ne pourra accepter que nous soyons dans les mains du Rassemblement national » . Il entend d’ailleurs lui-même prendre Sébastien Lecornu au pied de la lettre. Le Premier ministre écarte des nouveaux outils de taxation ? Le député défendra bec et ongles la proposition de son camp sur l’impôt sur la fortune improductive.
Des appels du pied à la négociation qui rappellent ceux que la macronie envoyait aux socialistes avant la chute de François Bayrou. Comme si finalement les deux dernières semaines de consultations menées depuis à Matignon n’avaient servi à rien ? En off dans Le Parisien, ce dimanche, plusieurs élus du socle commun apparaissent abattus, estimant que Sébastien Lecornu a fermé des portes budgétaires mais sans rien proposer. D’autres rappellent qu’il doit aussi composer avec les lignes rouges budgétaires de LR. Un bloc central que le Premier ministre pourra cajoler ce lundi lors d’un déjeuner, avant de rentrer enfin dans le vif de la négociation avec les roses en fin de semaine prochaine ?


