« J’me casse » : Le Maire raconte son départ du gouvernement, et c’est encore plus rocambolesque que prévu
POLITIQUE – Sa fugue américaine à lui. Bruno Le Maire revient sur son départ rocambolesque du gouvernement de Sébastien Lecornu. Ministre des Armées pendant 14 heures environ, l’ancien locataire tout-puissant de Bercy, dont la nouvelle nomination était à l’origine d’une fronde de Bruno Retailleau, explique avoir essayé de « calmer » les choses. Non sans mal.
« Le Premier ministre m’appelle dimanche soir, et me dit “on a un sujet avec les Républicains.” Je tombe de mon armoire, c’est quoi ce délit de sale gueule ? », raconte-t-il au média en ligne Brut, dans une vidéo publiée ce mardi 7 octobre, lendemain de l’annonce de sa démission. Et d’ajouter : « J’appelle Bruno Retailleau une fois, il ne me répond pas. Je l’appelle une deuxième fois, il ne répond toujours pas… »
Pas découragé, Bruno Le Maire explique avoir appelé au ministère de l’Intérieur pour tenter de joindre le patron de la droite, lequel venait de remettre en doute publiquement son appartenance au gouvernement tout juste annoncé. Là aussi sans succès.
« Aux grands maux les grands remèdes, je prends mon téléphone et j’appelle le standard comme n’importe quel citoyen. Je tombe sur un garçon très sympathique, qui devait être l’agent de permanence », explique-t-il.
« Pas l’heure des blagues »
« Je dis “bonjour, c’est Bruno Le Maire, j’aimerais parler à Bruno Retailleau.” Il me répond “écoutez, je ne sais pas qui vous êtes, mais on est dimanche 22 heures, donc ce n’est pas l’heure des blagues.” Et il raccroche », poursuit l’ancien ministre (également auteur), avant d’ajouter : « C’est ça l’histoire : j’ai essayé de calmer le jeu, de joindre Bruno Retailleau, mais je n’y suis pas arrivé. »
Dans un autre extrait, toujours publié par Brut, il raconte avoir finalement annoncé au couple exécutif son choix de se mettre en retrait, voyant qu’il était « le problème. » « J’appelle le Premier ministre et je lui dis, “pas de problème je me casse.” J’appelle le président de la République et je lui dis, “pas de problème, je me casse.” C’est pas moi le sujet, le sujet c’est que ça marche », détaille encore Bruno Le Maire.
« Si je suis un grain de poussière dans ces institutions, eh bien le grain de poussière va se retirer. Mais j’ai très peur malheureusement qu’on s’aperçoive que derrière toute cette mascarade, les problèmes sont beaucoup plus profonds », précise l’ancien ministre de l’Économie, en référence au discours tenu par Bruno Retailleau depuis la formation du gouvernement.
Le locataire de la Place Beauvau assure effectivement que la présence de l’ancien membre des Républicains, macroniste depuis 2017, était un casus belli pour son camp. Une présence que lui aurait cachée Sébastien Lecornu jusqu’au dernier moment, et qui serait le reflet selon lui des mauvais équilibres du nouvel attelage en présence. À savoir, trop proche du président de la République, tendance macronie finissante.
Dans son récit, Bruno Le Maire ne précise pas toutefois quand il passe ses coups de fil fatidiques au couple exécutif. C’est en tout cas lundi, en fin d’après-midi, que Bruno Le Maire a fait savoir publiquement son départ, sur les réseaux sociaux, renonçant par la même occasion à ses attributions de ministre des Armées démissionnaire. Plusieurs heures après la démission formelle du Premier ministre.
Depuis, le chef de l’État a donné une nouvelle mission à Sébastien Lecornu, lui demandant de mener d’ultimes tractations à Matignon jusqu’au milieu de semaine. Au même moment, les dirigeants du bloc central prennent leurs distances avec l’Élysée, et rendent l’équation encore plus insoluble. Gabriel Attal dit « ne plus comprendre » les décisions d’Emmanuel Macron, quand Edouard Philippe l’appelle désormais à la démission. Tous fugueurs.



