L’astuce de Wauquiez pour écarter LFI de la commission la visant
POLITIQUE – C’est l’histoire d’une commission d’enquête qui se cherchait un président, mais qui ne voulait pas du seul candidat déclaré. Après moult rebondissements, le groupe Droite Républicaine (DR) de Laurent Wauquiez a finalement réussi à empêcher l’inimaginable pour lui : que la commission d’enquête sur les liens entre islamisme et partis politiques (comprendre LFI) ne soit pas dirigée par un député insoumis, rapportent Libération et France Inter ce 3 octobre.
Petit point d’étape, car les virages ont été nombreux. Le 30 septembre et pour la deuxième fois, Laurent Wauquiez réussit à faire reporter le vote pour élire le président de sa commission d’enquête. La raison : le député Aymeric Caron, apparenté LFI, est toujours le seul candidat en lice. LR ayant préempté le poste de rapporteur pour Vincent Jeanbrun, le groupe est obligé, en vertu du règlement, de confier la présidence à un groupe d’opposition.
Problème, ni RN ni UDR – les deux seuls susceptibles d’aller dans le sens de Laurent Wauquiez – ne se sont manifestés. Quelques heures avant le report du vote, des tacles par médias interposés sont échangés entre les troupes de Laurent Wauquiez et celles d’Éric Ciotti, ces dernières assurant ne pas avoir été formellement contactées. Mais c’est désormais chose faite.
Nos confrères rapportent qu’après ce deuxième raté, une entente a finalement été conclue pour confier le poste de rapporteur, aux responsabilités plus importantes que celles du président, à un élu UDR. Vincent Jeanbrun se contentera lui de la présidence. « On a décidé de prendre le poste de président plutôt que celui de rapporteur car jamais nous ne laisserons Caron et ses amis fichés S diriger notre commission », assume l’entourage de Vincent Jeanbrun dans Libération.
Caron dénonce des « magouilles » et veut contre-attaquer
« Magouilles », dénonce Aymeric Caron sur X. « Le rapporteur Jeanbrun s’humilie en cédant son poste (c’est le plus important dans la commission) à ses ex-copains de LR désormais classés à l’extrême droite, le tout pour éviter que la FI prenne la présidence de la commission », ajoute-t-il.
Mais le match n’est pas plié pour autant. Car Aymeric Caron entend bien contre-attaquer, en ayant recours à la même règle qui a coûté à la gauche un poste de vice-présidence à l’Assemblée lors de l’ouverture de la session. À savoir, explique-t-il à Libération, saisir la présidente de l’Assemblée nationale pour « faire constater l’invalidité » du bureau de la commission qui « exclut sciemment un tiers de l’assemblée ».
L’argument ne sort pas de nulle part : c’est Yaël Braun-Pivet elle-même qui l’a avancé pour permettre au Rassemblement national d’obtenir des sièges au Bureau de l’Assemblée. Une justification ensuite reprise par une très large majorité des élus du socle commun, accusés par la gauche de contribuer à la normalisation et à la montée en puissance de l’extrême droite. Or, ce même règlement indique aussi que dans une commission, « les nominations ont lieu en s’efforçant de reproduire la configuration politique de l’Assemblée et d’assurer la représentation de toutes ses composantes. » Voilà Yaël Braun-Pivet face à un dilemme qu’elle n’aura que peu de temps pour résoudre : le rapport de la commission d’enquête est attendu début décembre.


