Politique

Lecornu reprend ce projet de Macron (et fait plaisir à Wauquiez)

POLITIQUE – Ménager la chèvre et le chou. Après avoir consenti, dans le cadre des textes budgétaires, à plusieurs gestes en direction des socialistes, le Premier ministre traite Les Républicains. Lors de son déplacement à Albi pour les Assises des Départements de France ce vendredi 14 novembre, Sébastien Lecornu a annoncé le dépôt en décembre d’un projet de loi en faveur d’une « allocation sociale unique », une mesure réclamée principalement par la droite.

« Cette aventure de l’allocation sociale unique va faire l’objet d’un projet de loi rapide, puisqu’il sera déposé au conseil des ministres au mois de décembre », a affirmé le Premier ministre. Il a souligné la « capacité » de cette mesure « à faire des économies, non pas sur les bénéficiaires (…) mais tout simplement, évidemment, des économies de gestion », et à « réconcilier beaucoup de gens de sensibilités politiques différentes ». « C’est du bon sens », a-t-il jugé.

Promise par Emmanuel Macron dès 2018, la réforme a été relancée par les prédécesseurs de Sébastien Lecornu à Matignon sans que ces contours soient définis. L’un des objectifs pour le gouvernement est la lisibilité des diverses prestations sociales. Cette nouvelle allocation permettra de « rapprocher la prime d’activité, le RSA et un certain nombre d’aides au logement », a seulement précisé l’actuel locataire de Matignon.

Pour Wauquiez, une réforme contre « l’assistanat »

La reprise d’un chantier sans cesse repoussé n’est pas la seule motivation de Sébastien Lecornu. L’allocation sociale unique (ASU) est en effet une mesure chère au chef de file des députés Les Républicains Laurent Wauquiez, qui préconise son plafonnement à « 70 % du Smic » afin de lutter contre l’« assistanat ». Sans reprendre ce terme caractéristique de la droite, Sébastien Lecornu avait évoqué l’ASU dès sa déclaration de politique générale, la présentant comme « une réforme d’efficacité, mais aussi de justice sociale. » « Chaque euro versé doit aller à celui qui en a le besoin, et il faudra préserver le juste équilibre entre solidarité et incitation à l’activité », avait-il déclaré, en s’adressant particulièrement aux Républicains.

Remettre le sujet sur le tapis, alors que les débats budgétaires entrent dans leurs dernières semaines, n’est pas donc anodin pour le chef du gouvernement qui, privé de 49.3, a donc intérêt à parler à toutes les formations politiques pour faire passer les budgets. Pour les associations de défense des plus précaires, l’idée d’une simplification et d’une harmonisation des bases des prestations sociales est une bonne chose en soi au vu du taux de non-recours de certaines d’entre elles.

Mais il ne faut pas que cette réforme se fasse aux dépens des plus vulnérables, insistent-elles, mettant en garde contre la tentation d’une « harmonisation vers le bas ».Ce risque de potentiels « perdants » avait été pointé en 2018 par France Stratégie, un organisme rattaché à Matignon, selon lequel la fusion de plusieurs prestations pourrait « à budget constant » entraîner une baisse de ressources pour 3,55 millions de ménages.