Pourquoi Borne ne pourra pas voter sur la suspension de sa propre réforme des retraites
POLITIQUE – Les règles (et le hasard) font parfois bien les choses. Après avoir porté en 2023, à bout de bras et de 49-3 la réforme des retraites, Élisabeth Borne n’aura pas à se prononcer sur sa suspension. C’est ce mercredi 12 novembre, en milieu d’après-midi, que les députés se penchent à l’Assemblée nationale sur l’article 45 bis du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui, dans le cadre de l’accord de non-censure avec les socialistes, suspend pendant deux ans la réforme dite « Borne ».
Si l’ancienne Première ministre est exemptée de vote, c’est tout simplement parce que les députés qui occupent des fonctions ministérielles ne peuvent retrouver leur siège à l’Assemblée qu’un mois après la cessation de ces fonctions gouvernementales. La députée du Calvados, reconduite à l’Éducation nationale dans le très éphémère gouvernement Lecornu I, ne retrouvera les travées et son droit de vote dans l’hémicycle que le 13 novembre. La même règle s’applique d’ailleurs à Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, et par ailleurs élue du Pas-de-Calais.
Les deux députées échappent à cet égard au casse-tête qui traverse leurs collègues d’Ensemble pour la République, désireux de ne pas sacrifier complètement l’héritage macroniste qu’ils ont si difficilement porté. « Il est difficile de revenir sur quelque chose que l’on a beaucoup porté, qui nous a valu d’être très attaqués, de manière extrêmement virulente, et pour lequel beaucoup de collègues ont perdu », confiait le député Pierre Cazeneuve à Libération. Si le groupe apparaît à l’heure actuelle divisé sur le vote à tenir cette après-midi, le président du groupe, Gabriel Attal, préconise, lui, l’abstention.
Sur le plateau de LCI, lundi soir, Élisabeth Borne a reconnu d’ailleurs que « naturellement » cela ne lui faisait pas particulièrement « plaisir » de voir sa réforme remise en cause, avant de rappeler que la composition de l’Assemblée nationale avait aussi changé depuis.
Le hasard est d’autant plus taquin, d’ailleurs, que c’est la députée du Calvados qui a, à la surprise de son propre camp, été la première à jeter un pavé dans la mare le 7 octobre dans Le Parisien en proposant de suspendre sa propre réforme pour sortir de la crise politique. « Si c’est la condition de la stabilité du pays, on doit examiner les modalités et les conséquences concrètes d’une suspension jusqu’au débat qui devra se tenir lors de la prochaine élection présidentielle », défendait-elle alors. Une sortie – prophétique ? – qui avait été moyennement appréciée dans ce qui restait alors du socle commun.


