Pourquoi l’examen du budget de la sécu s’annonce encore plus tendu pour Lecornu
POLITIQUE – C’est l’autre montagne qui attend Sébastien Lecornu, et la météo ne s’y annonce pas moins orageuse. Après les débats sur le budget de l’État (PLF), les députés se penchent à partir de ce mardi 4 novembre sur le budget de la sécurité sociale (PLFSS) dans l’hémicycle de l’Assemblée.
Un texte que la gauche qualifie de « musée des horreurs », et qui avait coûté l’an passé à Michel Barnier la chute de son gouvernement. « Un moment âpre » et de « rapport de force », a prédit ce dimanche dans La Tribune, Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l’Assemblée. Un nouveau dossier budgétaire pour sceller définitivement les différends qui ne l’ont pas été lors des débats sur le PLF ?
Le HuffPost avait fait le point ici sur les nombreuses mesures urticantes que contient la proposition gouvernementale, lesquelles n’ont pas manqué d’animer les débats en commission des Affaires sociales. Parmi elles, la réduction drastique du déficit de la sécu dénoncée comme trop austéritaire.
Ainsi, le ton est particulièrement monté lors des discussions sur l’article 18 qui prévoit le doublement des franchises médicales et l’élargissement du périmètre (la part qui n’est pas remboursée par la sécu ou les mutuelles) aux rendez-vous chez le dentiste. L’offensive du gouvernement sur ce volet suscite même quelques interrogations chez LR. « On risque de pénaliser ceux qui ont le plus besoin de consulter un dentiste » s’est par exemple inquiété le rapporteur général (LR) du texte à l’Assemblée, Thibault Bazin, alors que la nouvelle ministre de la santé, Stéphanie Rist, s’applique, elle, à défendre un « forfait de responsabilité ».
Le piège de la suspension de la réforme des retraites
L’autre gros morceau politique de la séquence PLFSS pour Sébastien Lecornu, sera évidemment la suspension de la réforme des retraites. Un gage donné aux socialistes en échange de leur non-censure immédiate, mais qui divise de tous les côtés. Horizons et LR sont contre et ont proposé des amendements pour supprimer la suspension en commission. Quant à la gauche, elle demeure divisée. Les insoumis ont voté contre pour dénoncer une « pure arnaque », et les écologistes se sont abstenus, en raison notamment des contreparties demandées par le gouvernement. Idem pour les élus Renaissance, ni pour ni contre. La mesure a finalement été approuvée avec les voix du PS, du RN, du centre, et de Liot.
C’est d’ailleurs sur ces contreparties que les débats risquent de s’envenimer. En échange de cette suspension, le gouvernement a introduit dans sa lettre rectificative une surtaxe d’un milliard sur les mutuelles qui se répercuterait immanquablement sur le prix payé par les assurées. De l’extrême droite à la gauche, la mesure a été largement rejetée. Tout comme d’ailleurs l’ensemble du PLFSS, qui reviendra dans l’hémicycle dans sa version gouvernementale.
Sur le volet plus politique, la pression des socialistes devrait monter d’un cran encore par rapport aux débats sur le budget. Les roses n’ont pas obtenu gain de cause la semaine dernière sur la taxe Zucman. Quant aux autres victoires fiscales, sur l’impôt sur la fortune improductive par exemple, le PS peine à les rendre lisibles et visibles en dehors des murs de l’Assemblée. Ce que ne manquait pas d’ailleurs de tacler Sébastien Lecornu ce week-end, qui, bien conscient de jouer son poste ces prochains jours, a toutefois mis sur la table d’autres concessions.
L’alerte de la Cour des comptes
Vendredi, alors même que l’espoir de voir se concrétiser une taxe Zucman allégée s’éloignait, le Premier ministre s’est finalement dit favorable au dégel des prestations sociales et des pensions de retraite. Une évolution par rapport à la première version et un gage (facile) donné aux troupes socialistes, qui ont fait de ce texte le deuxième pilier de leur pari risqué de non-censure.
« Le renoncement à l’année blanche sur les retraites ou les minima sociaux ce n’est pas rien. C’est la pression socialiste qui apporte ces résultats », se félicitait ce week-end auprès du HuffPost un interlocuteur socialiste. De quoi éclaircir quelque peu l’horizon ? Pas forcément. Les troupes d’Olivier Faure ne veulent pas baisser la garde, et ont choisi de sécher ce lundi la réunion, avec toutes les autres forces politiques, organisée au ministère des Relations avec le Parlement.
Par ailleurs, ce que Sébastien Lecornu donne à la gauche, il devra, sans doute, le justifier à d’autres et notamment la droite. D’autant que ce lundi, la Cour des comptes a adressé une cinglante mise en garde avant les débats sur le budget de la sécu. Dans un contexte de vieillissement de la population, les dépenses augmentent, mais pas les recettes, or le projet dévoilé par le gouvernement, juge le rapport, est bien trop optimiste sur les secondes. Surtout, les troupes de Pierre Moscovici s’inquiètent de voir que l’essentiel de l’effort d’économie pour 2026 est concentré sur une poignée de mesures dont font justement partie le gel des prestations sociales (2,5 milliards) et le doublement des franchises médicales.
« C’est une course d’endurance très incertaine où on peut chuter à n’importe quel moment », affirmait Sébastien Lecornu à plusieurs médias ces dernières heures. En oubliant peut-être qu’il est nécessaire, en politique, de savoir aussi sprinter. Les parlementaires n’ont que 50 jours pour étudier et voter le budget de la sécurité sociale.



