Politique

Rendre visite à Sarkozy en prison ? Ces députés LFI défendent une pratique habituelle

POLITIQUE – La polémique est née dans le JDD. Le 27 octobre, le journal d’extrême droite, racheté en 2023 par Vincent Bolloré, révèle que les députés LFI Ugo Bernalicis et Danièle Obono auraient tenté de rencontrer Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé, où l’ancien Président est incarcéré pour association de malfaiteurs. Le JDD va même plus loin, et affirme que les deux élus « chercheraient à démontrer que l’ancien chef de l’État bénéficierait d’un traitement de faveur ».

Ce que nient en bloc les deux principaux intéressés. Dans un long message sur X, Ugo Bernalicis explique n’avoir « jamais demandé à voir Nicolas Sarkozy » et s’être rendu à la prison dans le cadre de son « droit de visite parlementaire ». Il s’agit, assure-t-il, de sa quatrième visite de l’établissement. Depuis qu’il a été élu à l’Assemblée en 2017, Ugo Bernalicis affirme avoir « visité plus de 40 prisons différentes », « dans l’indifférence totale du JDD, d’Europe 1 et du reste de la presse de droite et d’extrême droite ».

« Nous sommes allés à La Santé pour mettre la lumière sur une autre réalité : 190 % de taux d’occupation ! C’est un enfer tant pour les personnes détenues, avec des dizaines de matelas au sol et trois détenus dans 9 m², que pour les personnels de la détention (surveillance, probation ou médical) », poursuit le député du Nord, accusant le journal dirigé par Geoffroy Lejeune de « mensonges ». « Si nous avions souhaité rencontrer Nicolas Sarkozy, nous lui aurions demandé directement », ajoute Ugo Bernalicis, qui est resté longtemps sur place puisqu’il a pu visiter plusieurs quartiers du bâtiment (isolement, disciplinaire, vulnérables, arrivants…).

Peu de temps après le JDD, Europe 1 a embrayé en affirmant que la présence des deux députés dans l’établissement aurait chamboulé le planning des visites de l’ex-chef de l’État. « L’ancien président a été contraint de reporter la visite de sa famille, et de son avocat Christophe Ingrain, pour éviter toute photographie ou vidéo prise à l’improviste », certifie la radio appartenant elle aussi à Vincent Bolloré. « À aucun moment cela ne nous a été signifié lors de notre visite par le directeur. D’où sort cette information ? Est-elle vérifiée ? », réplique Ugo Bernalicis. Lui préfère rappeler que « des parloirs de plusieurs détenus ont été annulés ou décalés de plusieurs heures lors de l’incarcération de Nicolas Sarkozy ».

Sa présence, ainsi que celle de Danièle Obono, entre les murs de la prison de La Santé a en tout cas provoqué l’indignation d’élus de droit. Bruno Retailleau y décèle de « l’indécence », quand Laurent Wauquiez considère que « LFI n’a aucune limite : instrumentaliser une visite en prison pour salir un ancien président de la République ». Le droit de visite est une prérogative des parlementaires prévue par le Code de procédure pénale. N’importe quel député ou sénateur peut se rendre dans un établissement pénitentiaire pour contrôler les conditions de détention, sans être tenus d’avertir l’administration en amont.