Tondelier officialise sa candidature pour 2027 et concrétise ses ambitions
POLITIQUE – « Demain, si tout va bien », elle se voit présidente de la République. Marine Tondelier a annoncé ce mercredi 22 octobre sur sa candidature à la présidentielle, via la primaire organisée par son parti en vue de 2027. Cette première étape ne garantit pas forcément qu’elle sera sur la ligne de départ d’ici 18 mois. Mais cela n’empêche par la patronne des Écologistes de lancer sa campagne pour 2027.
Dans le Nouvel Obs, Marine Tondelier évoque d’emblée l’Élysée. « Cette interview est ma déclaration officielle de candidature à l’élection présidentielle. Cette candidature est un acte d’amour pour la France, parce qu’on ne peut pas aimer son pays et accepter qu’il s’abîme ainsi. Je ne me résous pas à voir la France se déliter, coincée entre le cynisme d’un pouvoir déconnecté et la colère d’un peuple désespéré », fait valoir celle qui double cette annonce d’un passage au 20 Heures de TF1 pour toucher large.
Le secret n’en était pas un, tant cela fait longtemps que Marine Tondelier prépare le terrain. Apparue dans le paysage politique national lors de son élection à la tête d’Europe Ecologie-Les Verts, Marine Tondelier a commencé par s’atteler à sa restauration. Nouveau nom, volonté de « refondation » assumée… Le tout ne se fait pas sans quelques grincements de dents en interne. Comme toujours chez les Verts, il faut composer avec les sensibilités de chacun. Ou pas.
« Nous ne sommes pas un parti qui peut se permettre d’avoir X candidats »
En témoigne l’organisation de cette primaire interne. L’objectif est de désigner un candidat chargé de représenter l’écologie dans la primaire plus large à gauche pour désigner un candidat unique pour 2027. En décembre, le Conseil fédéral du parti tranche : il n’y aura « qu’une seule candidature issue de notre Mouvement » dans la primaire générale. La motion est adoptée mais pas sans critiques. Sandrine Rousseau par exemple, opposante interne de toujours à Marine Tondelier, n’hésite pas à parler de « verrouillage » dans Libération.
Auprès du HuffPost, les proches de Marine Tondelier assument : « le seuil de parrainages requis pour se présenter est très bas (25), pour que tous ceux qui le souhaitent puissent se présenter. Mais nous ne sommes pas un parti qui peut se permettre d’avoir X candidats ». Selon nos informations, Marine Tondelier est à ce jour la seule candidate sur les rangs. Mais rien n’est figé puisque la date limite de dépôt est fixée au dimanche 26 octobre. Les adhérents écologistes devront ensuite se prononcer début décembre. Et il faudra aussi composer avec ceux déjà déclarés pour la primaire (la grande cette fois) : Clémentine Autain, François Ruffin…
Tous ces obstacles à franchir n’empêchent pas Marine Tondelier de se déclarer « candidate à la présidentielle ». Mais elle se défend de brûler les étapes : « Je ne suis pas une tête brûlée. (…) Je crois aux alliances », assure-t-elle dans Le Nouvel Obs. Après le vote des adhérents, « l’idée est bien de participer à une primaire de la gauche et des écologistes pour laquelle je me bats depuis des mois. »
L’union en carte maîtresse
Elle en parle en réalité depuis 2023 quand, en pleine campagne européenne, elle excluait l’union sur ce scrutin tout en plaidant pour l’alliance en 2027. Entre le 9 et le 10 juin, elle apporte immédiatement son soutien à la proposition de François Ruffin de constituer un « front populaire ». En décembre, elle pose son premier pavé : avec Lucie Castets, éphémère symbole d’une gauche unie, elle appelle officiellement à œuvrer à une « candidature commune » pour la prochaine présidentielle. Au fil des mois, et en dépit des dissensions qui finissent par avoir la peau du NFP, elle s’agacera publiquement de toutes les déclarations ou prises de positions qui nuisent à « l’unité ». C’est sur ce mot qu’elle construit peu à peu son image de présidentiable, la carte qui, selon elle, peut faire la différence.
Les études tendent à lui donner raison. En avril 2025, un sondage Harris Interactive pour le magazine « Regards » place au second tour de la présidentielle le candidat d’une gauche unie (avec LFI) avec 26 % des suffrages. C’est certes moins que le RN, mais plus que le camp présidentiel. Sans les mélenchonistes, le candidat de gauche reste malgré tout crédité de 20 % des voix. Réalisée près de deux ans avant l’échéance, l’étude est à prendre avec précautions. Mais elle donne de l’eau au moulin des unionistes – et de Marine Tondelier.
En juin, la secrétaire nationale est citée comme « la surprise » d’une enquête menée conjointement par la fondation Jean-Jaurès, l’institut Ipsos et le Nouvel Obs et qui vise à « sonder la psyché du peuple de gauche ». « L’enthousiasme », « la spontanéité » et « le cran » de l’Écologiste sont salués et, « dans la zizanie de la gauche, la patronne des Écologistes apparaît comme l’utile “trait d’union” entre les membres de la famille déchirée », écrivent nos confrères.
« Travailler ensemble » avec la gauche et (surtout) ses électeurs
Cet automne, alors que la guerre LFI/PS fait rage, que La France insoumise comme Raphaël Glucksmann ont déjà refusé de participer à une primaire pour désigner un unique candidat à gauche, Marine Tondelier ne désarme pas. « Je propose officiellement à Raphaël Glucksmann et à Jean-Luc Mélenchon un débat » sur la primaire, « où ils veulent, quand ils veulent, dans le format qu’ils veulent », insiste-t-elle dans Le Nouvel Obs. Les chances de les convaincre sont très (très) minces. Mais la patronne des Écologistes « refuse d’envisager le scénario » où la primaire tomberait à l’eau. « Elle aura lieu : nous sommes en train de l’organiser », maintient-elle.
Ce qui ne l’empêche pas, en parallèle, de s’organiser aussi pour elle-même et ce, depuis un moment. Le site « marinetondelier.fr » a ainsi été créé dès le printemps 2023. Il est à ce jour dédié à la promotion de son livre paru en octobre « Demain, si tout va bien » (ed. Albin Michel). La désormais candidate à l’Élysée s’y raconte : son parcours, son combat face au RN à Hénin-Beaumont au conseil municipal, sa vision de l’écologie, pas « pour emmerder le monde » mais pour « le sauver »…
À ceux à qui l’ouvrage « a plu », la secrétaire nationale des Écologistes propose « d’écrire la suite », invitant les visiteurs à lui donner leurs « avis et raisons d’espérer », leurs « inquiétudes aussi ». « Faites-nous en part, qu’on y travaille ensemble », encourage-t-elle. Elle s’engage de son côté à proposer « des séances d’échange en visio mais aussi, si tout va bien… des contenus exclusifs, dont de nouveaux chapitres ». Jusqu’à l’accord à donner pour « être recontacté·e par e-mail dans le cadre de l’actualité de Marine Tondelier », rien ne manque pour un site de campagne. Ni ce qui est désormais sa marque de fabrique vestimentaire : une veste verte qu’elle compte amener à l’Élysée.


