Politique

Un arrangement tacite RN-bloc central rebat les cartes à l’Assemblée au détriment de la gauche

POLITIQUE – L’histoire du tacite et de la tactique. Pour cette nouvelle rentrée parlementaire, c’est à un grand jeu de chamboule-tout auquel se sont livrés les députés cette semaine pour renouveler les postes clés de l’Assemblée. Et cette fois nouvelle règle.

Alors qu’en 2024, le socle commun et la gauche avaient fait obstacle au Rassemblement national au nom du front républicain, cette année tout a volé en éclat. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), a proposé une répartition proportionnelle. Résultat, un accord tacite entre le RN et le bloc central a permis, mercredi, à deux députés lepénistes, Sébastien Chenu et Hélène Laporte d’accéder à deux postes de vice-présidence. Ils font leur retour au bureau de l’Assemblée (comme de 2022 à 2024) où ils ont également glané avec leurs alliés ciottistes, trois postes de secrétaires.

L’acte II du « deal » a eu lieu ce jeudi 2 octobre en milieu d’après-midi, avec un renvoi d’ascenseur de l’extrême droite lors du renouvellement de la présidence des huit commissions de l’Assemblée. Le RN, considérant que selon le règlement ces postes doivent aller à des soutiens du gouvernement, a retiré tous ses candidats. Cela a permis à son allié de circonstance, le bloc central, de faire un sans-faute dans toutes les commissions, sauf celle des Finances publiques.

Un RN anti-IVG et un LR « aux idées rances » promus

De fait, la présidence de la ComFi revient de droit à un élu siégeant dans un groupe d’opposition. Seul candidat, l’insoumis Éric Coquerel a donc été reconduit à ce poste sans difficulté. Une maigre consolation pour les insoumis qui ont perdu les Affaires économiques, commission que présidait Aurélie Trouvé. C’est l’ancien ministre macroniste Stéphane Travert qui lui succède.

« La macronie agonisante fait la courte échelle aux fascistes, pendant que le RN sacrifie le peuple pour quelques postes », a réagi le coordinateur de LFI Manuel Bompard sur X quand la présidente de son groupe, Mathilde Panot, y voit les prémices d’un accord de non-censure de Sébastien Lecornu. L’indignation est double pour la gauche qui ne peut que constater l’accession d’Hervé de Lépinau, député RN qui jugeait en 2020 l’IVG comparable à la Shoah ou « aux crimes de Daesh », aux fonctions de vice-président au sein de l’instance.

Pas mieux du côté du PS, tout aussi furibard de voir lui échapper la commission des Affaires culturelles présidée jusqu’alors par Fatiha Keloua Hachi. Elle y est remplacée par le LR Alexandre Portier, « un conservateur aux idées rances », s’emporte le socialiste Arthur Delaporte. La gauche y conserve un poste de vice-président sur quatre, les trois autres échouant aussi à des élus du bloc central. « Le RN donne tous les pouvoirs aux macronistes à l’Assemblée. Mme Le Pen s’en expliquera aux électeurs. La Macronie pave le chemin à l’extrême droite pour gagner des postes et virer la gauche. L’histoire jugera », a vivement mis en garde le président du groupe PS Boris Vallaud. « Cet accord de poste illustre une lente dérive idéologique du socle gouvernemental », a abondé son homologue écologiste Cyrielle Chatelain.

Le RN ravit de jouer les arbitres

Alors que l’accord tacite a pu gêner aux entournures plusieurs députés macronistes, le RN, lui, se gargarise ce jeudi de voir Fatiha Keloua Hachi battue. « Cette députée d’extrême gauche et anti-démocrate était présidente de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Une situation incompréhensible que nous venons, à l’instant, de corriger », s’est vantée l’élue lepéniste Laure Lavalette.

En parallèle, Florent Boudié (Renaissance) à la commission des Lois, Frédéric Valletoux (Horizons) à celle des Affaires sociales, Bruno Fuchs (MoDem), à celle des Affaires étrangères, Sandrine Le Feur (Renaissance) au Développement durable, et Jean-Michel Jacques (Renaissance) à celle de la Défense, conservent quant à eux leurs présidences de commission.

Mais gage que le strike est complet pour le socle commun, il a également réussi à ravir à Charles de Courson (LIOT) le poste de rapporteur général du budget, désormais occupé par le LR, Philippe Juvin. De quoi faire sortir de ses gonds le président du groupe Liot, Laurent Panifous, qui jugeait l’accord tacite « parfaitement choquant ».