Paracétamol et grossesse : quels sont les risques réels et préconisations des médecins
SANTÉ – Selon Donald Trump, le paracétamol, pris pendant la grossesse, serait associé à un risque « très accru » d’autisme chez l’enfant. C’est en tout cas ce que le président américain a affirmé lors d’une conférence de presse dédiée à la santé lundi 22 septembre. Mais si le sujet a pu faire débat, la majorité du corps médical n’établit aujourd’hui pas de lien entre autisme et paracétamol.
« Ces affirmations sont plus que discutables », commente auprès du HuffPost Andreas Werner, pédiatre président de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) et expert auprès de mpédia.fr, un site de conseil médical. « Les autorités médicales sont très clairement à l’encontre de ces allégations : il n’est pas du tout prouvé scientifiquement que la prise de paracétamol pendant la grossesse augmente le risque d’avoir un enfant autiste. »
Pour appuyer son propos, le médecin cite une étude, réalisée en Suède et publiée en 2024 dans la revue médicale JAMA. « Avec 2,5 millions d’enfants analysés, elle montre qu’il n’y a aucun lien entre prise de paracétamol par la mère et risque d’autisme, de TDAH et de déficience intellectuelle », souligne-t-il. « Et les autres études et méta-analyses sur le sujet soit ne donnent rien, soit montrent que cela n’a pas d’incidence. »
Un débat qui existe sur le paracétamol
Alors, pourquoi le paracétamol, l’un des anti-douleurs les plus consommés au monde et également désigné sous le nom d’acétaminophène, est-il l’objet de suspicions ? Un débat a pu exister dans la communauté scientifique. Une tribune, publiée en 2021 par une centaine de chercheurs et de médecins dans la revue Nature Reviews Endocrinology, avait notamment eu de l’écho.
Les scientifiques y estimaient que les recommandations faites aux femmes enceintes devraient être adaptées afin qu’elles minimisent au maximum leur recours au paracétamol, en attendant que ses effets sur le fœtus soient mieux documentés. « Nous recommandons d’informer les femmes enceintes, dès le début de la grossesse, qu’il convient d’éviter le paracétamol sauf indication médicale », soulignait ce texte.
Les affirmations de Donald Trump trouvent par ailleurs leur racine dans plusieurs études posant la question d’un lien éventuel entre paracétamol et certaines pathologies, notamment l’autisme. L’une d’elles, publiée en 2015 dans la revue Autism Research et menée sur la base de données de santé danoise, avait suscité beaucoup de commentaires. Après avoir suivi des enfants jusqu’à l’âge de 12 ans, elle concluait que le risque d’autisme était relevé de moitié quand leur mère avait consommé du paracétamol pendant la grossesse.
En 2025, un travail compilant les résultats d’une quarantaine d’études et publié dans la revue Environmental Health, défendait la possibilité d’un tel lien. Mais nombre de chercheurs considèrent que toutes ces études, pour ou contre l’hypothèse d’un lien, ne peuvent qu’ouvrir des pistes de recherche, vu leur méthodologie imparfaite. Et qu’elles ne donnent pas d’indices sur les réels mécanismes de cause à effet.
Vraiment aucun risque ?
« Certaines études d’observation ont suggéré une possible association entre l’exposition prénatale au paracétamol et l’autisme, mais les preuves restent incohérentes », a résumé ce mardi 23 septembre l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Comme tout médicament, il n’est pas neutre de prendre du paracétamol pendant la grossesse. Mais ce sont les risques liés au surdosage qui sont en cause, en particulier les effets délétères que peut causer trop de paracétamol sur le foie.
« Le paracétamol peut être pris pendant la grossesse » mais « il faut l’utiliser à la dose la plus faible qui reste efficace, le moins longtemps et le moins fréquemment possible », a rappelé l’Agence européenne du médicament (EMA), précisant que ses recommandations restaient inchangées.
Car le paracétamol reste, de très loin, l’antidouleur le plus sûr pour les femmes enceintes, par rapport à l’aspirine ou l’ibuprofène, absolument déconseillés en fin de grossesse car ils peuvent causer la mort du bébé ou des malformations.



